Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°936, daté février 2025.
Les scientifiques l'avaient surnommé Julio. Ce jeune cachalot d'environ 15 mètres de long a été tué le 26 juillet 2024 dans une collision avec un navire dans le détroit de Gibraltar. Les chercheurs du centre d'observation des baleines Circe (Conservation, information et recherche sur les cétacés), qui l'ont découvert avec une plaie béante, connaissaient depuis plus de dix ans l'animal, observé en parfaite santé la veille encore.
Estimée à environ 1000 individus, la population des cachalots en Méditerranée est classée en voie de disparition. D'après les études réalisées par le Circe, au moins cinq cachalots y ont trouvé la mort ces dernières années lors de collisions avec des navires. Les cachalots migrent périodiquement par le détroit de Gibraltar pour s'y nourrir et rejoindre des eaux plus chaudes et calmes, propices à la reproduction et à l'élevage des jeunes. Mais ce même détroit voit passer près de 300 navires chaque jour, soit environ 100.000 navires par an, qui transportent 50 % de produits pétroliers et 40 % de gaz consommés par les Européens.
Ce schéma de superposition des autoroutes maritimes sur les lieux de vie des baleines se retrouve hélas dans de nombreuses régions océaniques, et la problématique des collisions avec les cétacés est devenue l'une des premières causes de mort non naturelle et de réduction drastique de leur espérance de vie, donc de reproduction. L'avenir s'annonce sombre : la croissance des échanges mondiaux s'accompagne d'une intensification du trafic maritime. Et ce, alors que "six espèces de baleines sur 13 sont classées en danger d'extinction ou vulnérables, souligne Emma Heslop, océanographe à la commission océanographique intergouvernementale de l'Unesco. Et maintenant que la banquise fond en Arctique, les bateaux passent dans des endroits où les baleines boréales se reproduisent. "
Or, les baleines jouent un rôle crucial dans l'écosystème oc...
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