L'histoire commence un lundi 5 octobre. Dans le cadre du programme d'éducation civique et morale sur la liberté d'expression, Samuel Paty, en poste au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, propose à ses élèves de quatrième un cours intitulé « Situation dilemme : être ou ne pas être Charlie ? ». L'objectif de la séance est de montrer aux adolescents combien la liberté d'expression est fragile, et de développer leur esprit critique en les invitant à remplir un tableau pourvu de deux colonnes : être Charlie/ne pas être Charlie.
Pour délivrer ce cours, le site d'Eduscol à destination des enseignants suggère de s'appuyer sur l'actualité judiciaire. Le procès des attentats du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo vient de s'ouvrir à Paris. Samuel Paty propose donc à ses élèves trois caricatures de Mahomet ayant déclenché des attentats. Parmi elles, un dessin de Coco de 2012 représentant Mahomet nu, à quatre pattes, moquant un mauvais film américain, Innocence of Muslims, qui avait provoqué des émeutes dans tout le Moyen-Orient et coûté la vie à l'ambassadeur américain en poste à Benghazi, Christopher Evans.
Samuel Paty a bien conscience qu'avec cette image il peut bousculer ses élèves, c'est le principe même de ce cours, mais, dans un souci de respect de toutes les croyances, c'est-à-dire de laïcité, il propose à ceux qui le souhaitent de détourner le regard. Il montre les caricatures. Ça dure une ou deux minutes. Les élèves qui ont fermé les yeux les rouvrent. Et le cours se poursuit sans encombre.
À LIRE AUSSI Au procès de l'assassinat de Samuel Paty, un échec collectifZ. Chnina est absente. Ses parents le savent puisque, indisposée, elle est restée toute la journée à la maison. C'est une élève insolente, qui perturbe les cours, et vient quand ça lui chante. Le mercredi 7 octobre, la principale et la CPE ont rendez-vous à sa mère (que l'ancien principal ne voulait plus recevoir tant elle était vindicative) pour lui indiquer que Z. serait exclue les 13 et 14 octobre. La mère ne vient pas au rendez-vous, et l'exclusion est notifiée aux parents par courriel, SMS, courrier postal. Quand Z. en est informée, elle explique à ses parents que cette punition est due au fait qu'elle a tenu tête à monsieur Paty qui a demandé aux élèves musulmans de sortir de la classe le temps de montrer des images dégradantes du Prophète. Ce mensonge, Z. le tisse à partir du récit d'une camarade de l'autre quatrième, qui a eu ce cours aussi, et qui,...
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