Mon expédition sur le mont Fansipan, le toit du Vietnam

GEO - 15/12
Nos reporters Sébastien Desurmont et Binh Dang (photo) se sont lancés à l’assaut de ce sommet mythique, cime de la péninsule indochinoise. Avec leur guide et leurs...

Le sentier mythique qui mène au point culminant du Vietnam existe-t-il vraiment ? Vers où aller quand il n’y a rien, lorsque les rizières, les forêts, les parois rocheuses, et même la ville de Sapa, petite capitale montagnarde du nord du pays située en contrebas, se sont évaporées ? Drôle de sensation au petit matin que de se retrouver avec son sac à dos bien calé sur les épaules et les mollets prêts à en découdre, mais complètement paumé, aveugle et sans boussole, dans un brouillard à couper à la machette. Au cœur de la cordillère Hoàng Liên Son, protégée par un parc national depuis 2003, l’accès à la voie étroite qui doit nous hisser en deux jours d’expédition jusqu’à la plus haute cime de la péninsule indochinoise, à 3147 mètres d’altitude, a visiblement disparu… À la place, tout est obstrué par une grosse meringue laiteuse, ce qui ne manque pas de saveur quand on s’attaque à un sommet baptisé Fansipan ("le rocher géant"), un nom dont la prononciation locale donne à entendre "frangipane".

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"Pour sûr, ça ne va pas être de la tarte…", en conclut mon ami Binh Dang, d’une voix blanche. Photographe vietnamien, ce grand escogriffe aux fines lunettes rondes d’intello est venu spécialement de Hanoï, à environ sept heures de bus. Pour tout Vietnamien, faire l’ascension du Fansipan, le toit du pays, c’est un rêve de gosse. Mais ce matin, dans la brume, je devine sa silhouette filiforme secouée de petits rires nerveux alors qu’il éponge en vain ses appareils photos. "Annulons, non ? On retentera demain", propose-t-il.

Rien n’arrête les Hmongs

À 7 heures du matin, nous nous lançons quand même. "Il n’y a qu’une seule voie, celle qui monte droit devant nous", insiste le chef de notre expédition, Minh Thao, 39 ans, en pointant son index vers les cieux. Le chapeau militaire aux larges bords qu’il vient d’enfoncer sur son crâne lui donne des airs de redoutable guerrier. À ses côtés, les deux porteurs ne pipent mot. Trang Thao, 35 ans, 1,65 mètre tout en biscoteaux, est chaussé de bottes en caoutchouc motif camouflage. Difficile d’endurer les 1300 mètres de dénivelé qui nous attendent aujourd’hui avec de tels croquenots. Son collègue, Phaû Chao, 29 ans, se distingue par son improbable bob jaune flashy. Est-ce pour qu’on le repère dans la purée de pois ? La petite équipe vient du même village de la vallée, Y Linh Hô, et appartient à la communauté des Hmongs, à propos desquels un proverbe dit qu’ils "mangent les nuages, boivent le vent, respirent la rosée". Traduction : rien ne les arrête, et surtout pas la météo.

"Il est temps de se mettre en route", ordonne MinhThao. Dans ce qu’on appelait, à l’époque coloniale, les Alpes tonkinoises, l’ascension ne relève pas de l’alpinisme. Ici, pas de cordée, nul besoin de piolet ni de crampo...
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