Quatre ans après avoir découvert que son mari la droguait et invitait des inconnus chez eux pour la violer, Gisèle Pelicot aimait marcher pour se vider la tête.
Arpentant seule la campagne, elle jetait au vent les questions qui la tourmentaient : « Dominique, comment as-tu pu faire ça ? Pourquoi as-tu fait ça ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Lorsqu'on lui demandait ce qu'elle faisait lorsqu'elle disparaissait pendant des heures, elle répondait à ses trois enfants : « Je parle à ton père ».
Depuis sa cellule de prison, Dominique Pelicot, qui a reconnu avoir orchestré les viols au domicile du couple à Mazan, en Provence, n'a pas pu répondre. Il ne le ferait pas non plus face à son ex-femme dans une salle d’audience bondée, sauf pour dire : « Je suis un violeur… comme les autres dans cette salle. »
Les 50 hommes qui ont comparu à ses côtés, accusés de viol aggravé et d'abus sexuels, n'ont pas non plus expliqué leurs actes.
Pourquoi, confrontés au corps inerte d’une femme droguée et inconsciente, ces « hommes ordinaires », comme on les qualifiait au tribunal, aux noms ordinaires – Laurent, Nicolas, Philippe, Christian, Hassan – ne sont-ils pas repartis ? Pourquoi l’un d’entre eux n’a-t-il pas contacté la police pour mettre un terme aux sévices infligés à une femme qui auraient pu la tuer pendant dix ans ?
"La question n'est pas de savoir pourquoi vous êtes allé là-bas, mais pourquoi vous êtes resté", a déclaré au tribunal l'un des avocats de Gisèle Pelicot, Antoine Camus.
Camus ne peut pas imaginer pourquoi ces hommes, qui selon lui représentent un « kaléidoscope de la société française », ont fait cela, sinon un manque d'empathie envers leur victime, qui, selon lui, a été traitée comme « moins que rien ».
Alors que le procès entre dans ses derniers jours cette semaine, les accusés auront droit lundi à un dernier mot devant le président du tribunal et cinq juges appelés «assesseurs» se retireront pour examiner leurs verdicts et leurs peines. Le ministère public a requis une peine maximale de 20 ans de prison pour Pelicot et des peines allant de quatre à 18 ans pour les 50 autres.
Puis, Gisèle Pelicot sortira une dernière fois du tribunal, flanquée de ses deux avocats, Camus et Stéphane Babonneau, qui la protègent comme des gardes prétoriennes au quotidien. Il y aura une dernière salve d'applaudissements et d'acclamations de la part de la foule – en majorité des femmes – arrivée à l'aube pour faire la queue pendant des heures devant le palais de justice pour une place à l'audience, qui lui a offert des cadeaux et crié « Merci, Gisèle ! » alors qu'elle partait chaque soir.
Un procès pénal vise à répondre aux questions. Durant cette audience de trois ...
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