Écouter le vent pour mieux fuir l’Histoire

Martine Béland - Le Devoir - 14/12
Gabrielle Roy nous convie dans un monde enchanté qui est mieux que le «réel» avec «Cet été qui chantait».

Une fois par mois sous la plume d’écrivains du Québec, Le Devoir de littérature propose de revisiter à la lumière de l’actualité des œuvres du passé ancien et récent de la littérature québécoise. Découvertes ? Relectures ? Regard différent ? Au choix. Une initiative de l’Académie des lettres du Québec en collaboration avec Le Devoir.

Au-delà de l’écologie, loin des soubresauts de l’Histoire, à des lieues de la vogue néorurale, il y a ceci : entendre raconter la planète Terre par Gabrielle Roy.

Comment ?

Lisez un peu.

Une corneille, qui s’appelle Jeannot, se balance au vent, bien installée à la pointe d’un cerisier, tandis qu’un cheval, nommé Prince, de solitude se lie d’amitié avec des vaches. Nous sommes à la campagne, il va sans dire, et au fil de ses promenades et de ses journées à l’extérieur, l’écrivaine, qu’elle soit seule ou accompagnée de sa fidèle amie Berthe Simard, pose de longs regards sur les arbres et sur les animaux qui peuplent — le mot n’est pas métaphorique — le petit coin de pays où s’écoule cet été qui chante.

Un cerisier, une corneille, une femme : peu de choses les séparent, si ce n’est que seule la femme a la capacité d’écrire que « nous avons passé bien des heures à voyager ensemble sur la même vague du temps ».

Cet été qui chantait est composé de dix-neuf récits de longueur variable (le plus court fait une pleine page, le plus long, une vingtaine) qui donnent voix a...
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