Selon une étude américaine, ChatGPT semblerait être plus précis dans ses diagnostics que la médecine conventionnelle. Décryptage de notre directeur médical, le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste.
Si un médecin sur cinq affirme désormais avoir recours à des outils d'intelligence artificielle comme ChatGPT. Et le chatbot semble être plus qu'une simple aide : il surpasserait aujourd'hui les médecins. C'est du moins ce que révèle une nouvelle étude américaine, publiée en octobre 2024 dans la revue Jama Network Open.
ChatGPT pourrait-il bientôt remplacer les médecins ? Oui, à en croire les résultats d'une enquête menée par des scientifiques de Stanford.
Dans le détail, une cinquantaine de médecins et d'internes ont été récrutés pour cette étude. La moitié d'entre eux ont eu recours à ChatGPT pour diagnostiquer des cas cliniques, l'autre moitié a eu accès à des plateformes plus classiques, comme des sites médicaux de référence ou Google. Tous les candidats ont disposé d'une heure pour examiner jusqu'à 6 cas cliniques. En parallèle, ChatGPT a établi ses propres diagnostics sur ces cas.
Résultat ? Après avoir comparé les diagnostics des médecins (avec ou sans l'aide du chatbot) avec ceux réalisés par ChatGPT, les chercheurs de Stanford ont découvert que l'intelligence artificielle avait posé un bon diagnostic médical "dans 9 cas sur 10".
Des performances impressionnantes, qui n'étaient pas égales du côté des médecins. Ceux ayant eu accès à des ressources conventionnelles ont posé de bons diagnostics dans (seulement) 74 % des cas et les praticiens s'aidant de ChatGPT ont fait à peine un peu mieux (76 %).
Des résultats qui peuvent s'expliquer par le manque de pratique de certains médecins face à l'intelligence artificielle... Ce qui n'a pas empêché les scientifiques d'être fondamentalement surpris.
"J'ai été choqué", a révélé le Pr Andrew S. Parsons, directeur de l'étude. "Notre étude montre que l'IA seule peut être un outil de diagnostic efficace et puissant (...) Nous avons été surpris de constater que l'ajout d'un médecin humain (à ChatGPT, ndlr) réduisait en réalité la précision du diagnostic", a-t-il ajouté.
Détail intéressant : la majorité des médecins ne faisaient pas confiance à ChatGPT lorsqu'il suggérait une solution contraire à leur propre diagnostic.
"Seule une fraction des médecins ont réalisé qu'ils pouvaient littéralement copier-coller l'intégralité du dossier dans le chatbot et lui demander simplement de donner une réponse complète à l'ensemble de la question" confirme le docteur Jonathan Chen, l'un des auteurs de l'étude.
Une bonne raison de revoir sa relation à l'IA ? Oui, estime le Pr Andrew S. Parsons, qui indique que ces résultats doivent inviter le plus grand nombre à se former à l'IA.
Selon le directeur médical de Doctissimo, ChatGPT ne peut "remplacer les médecins".
"La relation médicale ne se limite pas à faire un diagnostic. L’IA est une aide au diagnostic, rapide, exhaustive et c'est au médecin de contextualiser. Cela nous permet de balayer toutes les hypothèses et de les infirmer ou de les confirmer par des examens complémentaires. Par ailleurs, le médecin est dans une relation empathique, de soutien… La complémentarité est évidente entre les deux", révèle le médecin urgentiste, avant de préciser que : "Pour certains spécialités (radiologie, anatomopathologie…), l’IA peut en revanche potentiellement se substituer à l'étape du diagnostic".