Nigel Barley : l’anthropologue qui questionne la notion d’identité

Baudouin Eschapasse - LePoint - 01/11
ENTRETIEN. Ancien conservateur au British Museum, Nigel Barley a publié une vingtaine de livres sur des ethnies africaines et indonésiennes.

Il a publié, depuis le début des années 1980, une vingtaine d’ouvrages sur les Dawayo au Cameroun, les Toraja aux Célèbes, mais aussi sur des aventuriers ayant participé à l’aventure coloniale britannique. Chacun de ses livres propose de découvrir les spécificités culturelles des ethnies rencontrées. Ce faisant, il permet au lecteur de cerner ce qui s’est noué au point de rencontre des civilisations occidentales, africaines et asiatiques. Parce que Nigel Barley n’a cessé, tout au long de sa carrière, de creuser cette notion d’identité qui monopolise l’attention depuis le début de la campagne présidentielle, Le Point a souhaité recueillir auprès de lui les enseignements qu’il a tirés, sur ce sujet, lors de ses pérégrinations. Entretien avec le plus talentueux anthropologue de sa génération à l’occasion de la republication de plusieurs de ses ouvrages aux éditions Payot *.

Le Point : Votre dernier livre The Man Who Collected Women, publié il y a quelques mois en Grande-Bretagne (et pas encore traduit en français), se penche sur la manière dont s’est forgée l’identité culturelle d’une île du Pacifique sud.

Né en 1947 à Kingston-upon-Thames (Royaume-Uni), Nigel Barley a publié une vingtaine d'ouvrages à ce jour. © DR
Nigel Barley : À l’origine de ce livre, il y a ma volonté de raconter la vie d’un homme étonnant, Alexander Hare (1775-1834). Ce marchand s’est fait connaître par un mode de vie excentrique aux yeux de certains puritains. Une mythologie l’entoure. Il collectionnait en effet les femmes et assumait sa polygamie. Le nombre de ses conquêtes n’a jamais pu être établi avec certitude, mais son existence est aventureuse, dans tous les sens du terme. Né à Londres, il part pour l’Indonésie en 1812 comme gouverneur adjoint de l’île de Java avant d’être nommé haut-commissaire à Bornéo. Là, il va entretenir un véritable harem qui ne sera pas bien vu par les représentants de la société coloniale de...
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