Le spécialiste britannique John Matthews publie Le Grand Livre du roi Arthur. Une immense compilation des récits de la légende arthurienne, qui offre un éclairage inédit sur ces mythes. Le tout illustré par John Howe, l'incontournable spécialiste de l'univers de Tolkien, et figure majeure de la Fantasy. L'artiste canadien a accordé à CNEWS une longue interview.
Une légende parmi les mythes. Bien connu des fans de Tolkien, John Howe se penche sur les chevaliers de la table ronde dans le nouvel ouvrage de John Matthews, Le Grand Livre du roi Arthur (éd. Huginn & Muninn). De quoi évoquer avec lui sa relation avec le mythe arthurien, ses sources d'inspiration, mais aussi son travail avec Peter Jackson sur la trilogie du Seigneur des Anneaux, pour la série Les Anneaux de pouvoir, tout comme pour le prochain film La guerre des Rohirrim. Une véritable plongée dans le monde imaginaire d'un des plus grands contributeurs à la Fantasy moderne.
Vous avez illustré le nouveau roman de John Matthews, qui rassemble une très grande partie des mythes arthuriens, comme l’avait fait l’écrivain Thomas Malory, six cents ans auparavant. Quel a été votre premier contact avec ces légendes ?
Ça remonte au «Moyen-Âge» ! Le tout premier livre de légende arthurienne que j'avais, c’était, quand j'étais ado, une très belle édition illustrée par N.C. Wyeth. Mais je crois que j'ai passé plus de temps à regarder les images qu'à lire les livres. Puis dans les années 1980, j'ai amassé une énorme documentation.
© John Howe/Huginn&MuninnJ'avais envie de commencer un projet sur Merlin, sans doute mon personnage préféré de ce mythe, qui ne s'est jamais fait. Plus tard je suis retourné dans l’univers d’Arthur avec une version d’Yvain, le chevalier au lion que j’ai écrite et illustrée. Et puis c'est avec le livre de John Matthews que l’idée est revenue. Ça fait littéralement des décennies qu'on voulait faire quelque chose ensemble.
Comment s’est déroulée la collaboration avec John Matthews pour sélectionner vos choix d’illustration ?
John est un quelqu’un d’extraordinaire, qui a une connaissance hors pair de ce sujet. Je dois avoir une quinzaine ou une vingtaine de bouquins de sa plume, qui témoignent de son savoir là-dessus. Je lui soumettais tous les croquis pour avoir son avis. J'avais une grande liberté, ce que j'apprécie beaucoup, donc on a surtout tenté d'ancrer ça dans une sorte de moyen-âge non fixé, pas trop «typé».
L’auteur explique avoir voulu moderniser le célèbre roman Morte d’Arthur de Thomas Malory, première synthèse, au XVè siècle, de tous les récits arthuriens. En quoi son œuvre est unique en son genre ?
Malory a voulu faire le tour de la question. Il a voulu faire un peu la Bible arthurienne, en réunissant toutes les histoires qui lui semblaient cohérentes. Il a réussi l'exploit de synthétiser ces récits et les rendre plus ou moins chronologiques à la lecture. Mais il l'a fait à une période où ça commençait déjà à ne plus intéresser les gens. On ne se passionnait plus tellement pour le roi Arthur pendant la Renaissance. On avait d'autres préoccupations.
Malory est ressorti de l'oubli à l'époque des pré-Raphaélites et des Victoriens (XIXe siècle, Ndlr), avec la publication de magnifiques ouvrages illustrés. On peut dire que Malory est le dernier à avoir pris le roi Arthur au sérieux. Ce qui est étonnant à propos de cet auteur, c'est qu'il a eu une vie assez trouble, qui tranche avec le contenu de son livre et ses récits d'honneur et de gloire. De plus, son identité exacte est encore l’objet de vifs débats. Il s’est décrit comme un «chevalier prisonnier», et il semblerait effectivement qu’il fut incarcéré un temps pour les délits importants, et aussi par persécution religieuse.
Le mythe arthurien est un récit qui traverse les époques, bien avant l’an Mille, et sur des siècles. Comment représente-t-on de telles histoires quand on cherche à leur donner une cohérence historique ?
La légende arthurienne, c'est tout le moyen-âge, depuis le sixième siècle si on prend les plus anciens textes, jusqu'au début du 15e avec Sir Thomas Malory. On peut même remonter à l'Arthur «historique», qui aurait pu servir de prétexte au fleurissement de tous ces récits. C'est littéralement plus de 1.000 ans d'histoire, ce qui est extraordinaire.
© John Howe/Huginn&MuninnIl y a une vraie évolution dans le contexte, dans les costumes, dans les armures. Galahad par exemple est une invention relativement récente par rapport à d'autres personnages comme Merlin, qui sont des archétypes tellement plus anciens. Il y a donc une liberté extraordinaire pour représenter cela, d'une manière non pas historique, mais inspirée d'une de ces périodes.
En parlant de période historique justement, votre représentation d’Excalibur, plantée dans le rocher, ressemble plus à un glaive de gallo-romain qu’une longue épée du moyen-âge, comme on le voit souvent. Pourquoi l’avoir dessinée comme ça ?
Pour l'origine de l'épée qu'on tire de la pierre, j’ai voulu faire une version romantique de la découverte du fer. Donc le fer que l'on sort de la pierre, pour faire justement des épées, et qui étaient bien plus performant que le bronze ou le cuivre. Sans vouloir remonter à une historicité précise, j'ai voulu évoquer l'idée que cette épée évoquerait l’une des épées fabriquées vers les origines du fer. Ceci dit, nous restons bien sû dans l’imaginaire. Je ne voulais surtout pas mettre une épée du XVe siècle, qui est un peu l'image standard. C'est toujours périlleux, car la recherche d'archétypes vous amène vers les récifs du stéréotype. Il faut tenter non pas l'...
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