Kamel Daoud, le chroniqueur des temps sauvages

Christophe Ono-dit-Biot - LePoint - 09/11
EXTRAITS. Chaque semaine dans « Le Point » depuis dix ans, sa plume met à nu notre monde. Florilège.

«Comment peut-on être persan ? » s'interrogeait, dans les Lettres persanes, la rue parisienne apercevant le voyageur Rica, sans savoir que ce dernier se demandait la même chose à son égard quand il décrivait à ses amis persans ce qu'il voyait en France et qui ne laissait pas de l'étonner : « Comment peut-on être français ? »

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À Découvrir Le Kangourou du jour Répondre Cette question, chaque semaine, depuis 2014, Kamel Daoud la pose dans sa chronique du Point, nous offrant un regard lucide, malin, féroce et courageux sur nos aveuglements, avec la liberté de focale que lui donne son double poste d'observation d'une rive à l'autre, Sud-Nord, Nord-Sud, de la Méditerranée. Sur nos renoncements vis-à-vis de l'islamisme, sur nos ambiguïtés à l'égard de la laïcité, sur l'« antisémitisme d'ambiance » ou notre « progressisme » autoproclamé... Mais sans jamais retenir ses coups, et c'est le moins qu'on puisse dire, contre la rive où il est né. Contre l'Algérie, ce « pays anachronique » dont il n'a de cesse de fustiger « l'hypermnésie à l'égard de la guerre d'indépendance et l'amnésie pour cette guerre civile qui a fait 200 000 morts », sujet de son grand roman Houris, qui lui vaut, aujourd'hui, le Goncourt. Mais aussi contre la montée en puissance de la « Russafrique », le sort fait aux femmes afghanes, l'épineuse place du corps dans « le monde dit “arabe” »… mais aussi dans le monde dit « occidental », tant son regard, toujours en mouvement, va, et parle, d'une rive à l'autre.

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Les combats qu'il mène, en journaliste et en écrivain, sont aussi les nôtres. Ils lui valent des ennemis, beaucoup, mais aussi des amis, beaucoup : les lectrices et les lecteurs du Point mais plus généralement toutes celles et tous ceux qui ont choisi de ne pas capituler devant la lâcheté, le cynisme ou la haine, et croient encore aux pouvoirs de la raison et du courage contre les vertiges ravageurs de l'id...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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