Les pollueurs doivent payer : comment la COP29 peut en faire une réalité

Llewellyn Leonard - TheConversation-Europe - 27/10
La COP29 devrait mettre fin aux subventions aux entreprises de combustibles fossiles, obliger les grands émetteurs à compenser les régions touchées et garantir que les taxes sur le carbone reflètent le véritable coût de la dépollution.

La 29e Conférence des Parties (COP29) aura lieu en Azerbaïdjan en novembre 2024. La conférence annuelle sur le changement climatique doit se concentrer sur la responsabilisation des entreprises et des pays en matière d'émissions de gaz à effet de serre.

Le principe du « pollueur-payeur » est au cœur des discussions sur le climat depuis des années. Il affirme qu'un pollueur devrait supporter les coûts de la gestion de sa pollution, afin d'éviter des dommages à la santé humaine et à l'environnement.

Bien que le principe soit largement accepté en théorie, il n’a pas été mis en pratique de manière cohérente ni appliqué. Bon nombre des plus grands pollueurs continuent d’opérer avec peu ou pas de conséquences financières pour les dommages qu’ils causent.

De nombreux pays, en particulier ceux en développement, ont dû supporter les coûts de l’adaptation et de l’atténuation du changement climatique, bien qu’ils soient les moins responsables des émissions mondiales.

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La COP29 devra faire preuve de plus de volonté politique et d’engagement pour parvenir aux réductions drastiques des émissions nécessaires pour limiter le réchauffement climatique. Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés. Le monde se réchauffe rapidement. Le 17 novembre 2023, la température mondiale a dépassé de 2 °C les niveaux préindustriels pour la première fois dans l’histoire moderne.

Ne pas arrêter toutes les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 pourrait coûter au continent africain 50 milliards de dollars par an. Elle devrait également causer quelque 250 000 décès par an dans le monde entre 2030 et 2050. L’Afrique serait durement touchée.

De mon point de vue en tant que professeur de sciences de l’environnement ayant étudié la pollution due aux combustibles fossiles et son impact sur les communautés d’Afrique du Sud, je crois que la COP29 pourrait faire progresser de manière robuste les mesures qui tiennent les pollueurs responsables de leurs émissions.

Taxer les pollueurs, faire payer aux pollueurs la pollution passée et créer un espace permettant aux tribunaux d'accorder des dommages-intérêts au climat sont quelques-unes des mesures que la COP29 devrait accepter.

Le problème des COP précédentes

Les COP précédentes ont fixé des objectifs climatiques ambitieux. En participant à la COP17 à Durban, en Afrique du Sud en 2011, j'ai observé comment cette réunion avait abouti à la création d'un groupe de travail sur la Plate-forme de Durban pour une action renforcée. Le groupe a élaboré un plan et des actions pour les efforts d'atténuation de la part de tous les pays participant à la conférence.

Cela n’a pas suffi pour obtenir des réductions annuelles immédiates, drastiques et sans précédent, à la source, des émissions des principaux pollueurs. Les émissions de gaz à effet de serre se sont poursuivies.

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L’Accord de Paris de 2015, juridiquement contraignant, adopté lors de la COP21, a fixé des objectifs climatiques plus ambitieux : 196 pays ont convenu de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C.

Mais les pays signataires n’ont qu’à prendre des engagements volontaires (contributions déterminées au niveau national) pour réduire les émissions. Ils peuvent choisir de ne pas respecter ces engagements sans s’exposer à des sanctions.

Beaucoup n’ont pas tenu leurs promesses. Par exemple, les États-Unis – le principal émetteur de gaz à effet de serre au monde – se sont retirés de l’Accord de Paris en 2017, invoquant des dommages économiques. Mais il n’a fait l’objet d’aucune pénalité ou sanction pour son départ.

Mesures visant à renforcer le principe du « pollueur-payeur »

La COP29 offre une autre opportunité, peut-être la dernière, de tenir les entreprises et les pays responsables de leurs émissions. Il s’agit d’une étape cruciale vers la justice climatique et la réduction de la hausse des températures. La COP29 doit introduire des sanctions exécutoires pour les grands pollueurs qui ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs d’émissions. Ceux-ci pourraient inclure :

Mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles

La responsabilité climatique consiste à garantir que ceux qui ont fortement pollué soient tenus responsables de leurs actes. Les 20 plus grandes entreprises de combustibles fossiles sont responsables de 35 % des émissions mondiales depuis 1965. À l’échelle mondiale, les subventions aux combustibles fossiles s’élevaient à 7 000 milliards de dollars américains en 2022, contre 4 500 milliards de dollars américains en 2015. Ces subventions ont encouragé la poursuite des émissions de gaz à effet de serre par l’industrie des combustibles fossiles. , et devrait être terminé.

Mécanismes obligatoires de responsabilité en matière de financement climatique

La COP29 devrait promouvoir un cadre mondial de responsabilité climatique. Cela obligerait les entreprises responsables d’émissions à grande échelle à indemniser les régions touchées. Les modèles à suivre sont les régimes de responsabilité en cas de marée noire ou d'autres catastrophes environnementales, dans lesquels les entreprises sont obligées de payer les coûts de nettoyage et les dommages.

Les grands pollueurs devraient contribuer à un fonds mondial pour les dommages climatiques. Cela pourrait financer des initiatives d’adaptation et d’atténuation du changement climatique ainsi que des initiatives en matière de pertes et de dommages.

Tarification et taxation du carbone pour les émissions à la source

La tarification du carbone calcule le coût public des inondations ou des sécheresses causées par les dommages causés par le changement climatique. La COP29 doit l’élargir pour refléter les véritables coûts environnementaux et sociaux des émissions de carbone afin que les pollueurs paient pour ces dommages.

La taxe carbone consiste pour le gouvernement à fixer une taxe que les pollueurs doivent payer pour chaque tonne de gaz à effet de serre qu'ils émettent. Cela rend la pollution plus coûteuse et incite à adopter des technologies plus propres. Par exemple, la Suède prélève le taux de taxe carbone le plus élevé, à 116,33 € (137 $ US) par tonne d'émissions de carbone, ce qui a contribué à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Cependant, je soutiens que les systèmes de plafonnement et d’échange et d’échange de droits d’émission doivent être abandonnés, car ils ont largement échoué à réduire suffisamment les émissions et ont permis aux industries de continuer à « faire comme si de rien n’était ». Dans certains cas, le plafonnement et l’échange ont aggravé les injustices environnementales. Par exemple, la décharge de Bisasar à Durban, en Afrique du Sud (la plus grande décharge d’Afrique) a entraîné une production accrue de déchets afin de générer du méthane pour les crédits carbone.

Responsabilité juridique pour les dommages climatiques

La COP29 devrait mettre l’accent sur le rôle de la Cour internationale de Justice et d’autres organes juridiques internationaux dans le traitement des cas de dommages environnementaux et l’octroi de dommages et intérêts liés au climat. De nouveaux cadres juridiques internationaux sont nécessaires. Celles-ci devraient permettre d’engager des poursuites liées au climat contre les gouvernements, les entreprises et autres responsables d’émissions excessives. Les victoires juridiques passées, comme la décision rendue en 2021 par un tribunal du district néerlandais de La Haye, ordonnant à Royal Dutch Shell de réduire ses émissions de 45 % d’ici 2030, ont créé un puissant précédent.

Règlementation sur la transparence financière

La COP29 devrait appeler à des lois plus strictes sur la divulgation financière des entreprises. Des cadres élargis tels que le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat pourraient obliger les entreprises à rendre compte de la dégradation de l'environnement, de l'extraction des ressources et des émissions qu'elles provoquent. Cette transparence aiderait les gouvernements et les organismes internationaux à identifier les pollueurs et à appliquer plus efficacement les réparations climatiques.

Responsabilité des émissions historiques

Les entreprises de combustibles fossiles, qui sont largement non réglementées depuis de nombreuses années, devraient être tenues responsables de leurs émissions passées. La COP29 peut créer un mécanisme pour obliger ces entreprises à cotiser à un fonds mondial formel de « réparations climatiques ».

Aller de l’avant à la COP29

La communauté internationale doit établir des mécanismes solides qui garantissent la responsabilité des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Cela implique des contributions financières convaincantes de la part des pays et des entreprises à fortes émissions. Ces fonds financeront les efforts d’atténuation et d’adaptation au changement climatique dans les communautés vulnérables.

Le succès de la COP29 dépendra de la volonté collective des gouvernements et des entreprises d’adhérer aux principes de justice, d’équité et de transparence. Cela garantira que le fardeau de la lutte contre le changement climatique ne repose pas uniquement sur les épaules des pays les moins responsables, comme les pays d’Afrique.

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