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Dany Laferrière : « Tous les chants d’exil depuis Ovide sont larmoyants »
LePoint -
22/10
Ce mardi 22 octobre, lors de la rentrée solennelle de l’Institut de France, consacrée cette année au thème de la migration, l’académicien a livré avec émotion son expérience de l’exil.
J'ai connu tant d'exils que c'est devenu ma condition naturelle, au point que je me demande si celui qui n'a pas été bousculé dans son histoire, sa terre, sa langue, ses rêves, n'a pas raté quelque chose dans cette vie. Je n'exclus pas la douleur ni la folie, mais il y a aussi des éblouissements comme celui de se retrouver dans un nouveau pays, du jour au lendemain, sans aucune protection et dans cette condition d'infériorité qui fait qu'on se demande parfois si ce déracinement total n'est pas la dernière grande aventure humaine.
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L'exil dans l'Histoire
L'exil a bien commencé avant mon départ du pays, je devrais plutôt dire la sortie du pays car un départ est un acte volontaire. On est jeté, un jour, hors de l'île. Haïti, cette presqu'île de 27000 kilomètres carrés dont la voisine est la République dominicaine. Deux pays dont le destin reste lié pour le meilleur et plus souvent le pire, mais qui font penser parfois à des esclaves désenchaînés qui se croisent, sans pouvoir échanger un seul mot, dans la nuit coloniale car ils viennent de tribus diverses et donc parlent des langues différentes. L'un colonisé par la France, l'autre par l'Espagne. À défaut de la langue, ils ont la douleur en partage.
À LIRE AUSSI Dany Laferrière : comment conquérir l'Académie en une nuitCette image de l'île en mouvement me vient d'un recueil de poèmes de René Philoctète, publié en 1973, trois ans avant mon départ d'Haïti, sous le titre de Ces îles qui marchent. Ce titre évocateur donne l'impression d'une dérive continue sur une mer de boue et de sang. À son retour d'un voyage à Montréal, qu'il a vécu comme un exil, le poète témoigne : « Je reviens des giboulé... [Courte citation de 8% de l'article original]
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