Élections 2024 au Mozambique : 9 défis majeurs auxquels sera confronté le prochain président

David Matsinhe - TheConversation-Europe - 16/10
L'avenir du Mozambique repose sur la capacité du nouveau président.

Le nouveau président du Mozambique est confronté à une série de problèmes interconnectés profondément enracinés dans les dynamiques historiques, socio-économiques et politiques. Il doit trouver un équilibre entre la satisfaction des besoins immédiats et le changement structurel à long terme.

Les élections générales du 9 octobre 2024 étaient les septièmes organisées au Mozambique depuis l’introduction des élections multipartites en 1994. Les résultats devraient être annoncés dans les deux semaines suivant la date du scrutin. Les médias internationaux indiquent que le Frelimo au pouvoir et son candidat à la présidentielle Daniel Chapo sont sur le point de remporter une victoire écrasante.

Cela sera probablement confirmé par la commission électorale, même si les médias locaux ont souligné, entre autres irrégularités, des bourrages d'urnes généralisés et éhontés et de faux observateurs en faveur du Frelimo.

Le Frelimo est au pouvoir depuis l'indépendance en 1975.

Cette nation de 35 millions d’habitants, riche en ressources mais pauvre, peut-elle s’attendre à une réorientation des politiques et des stratégies sous Chapo pour faire face à ses crises multiformes ?

Chapo (47 ans) est né après l'indépendance et promet d'agir avec intégrité. Mais la vieille garde l'a placé au pouvoir pour protéger et promouvoir ses intérêts.

Les crises du Mozambique proviennent en grande partie de la corruption systémique du Frelimo. Il a donné la priorité aux élites politiques plutôt qu’au bien-être national. Ses décennies de mauvaise gestion, de détournement de fonds et de clientélisme ont laissé les institutions faibles et incapables de répondre aux problèmes sociaux et économiques urgents.

Le pays est fragmenté. Le gouvernement a négligé le développement d’une gouvernance inclusive et responsable et d’infrastructures équitables. Il en résulte des disparités régionales. C'est particulièrement vrai dans la province de Cabo Delgado, où les citoyens privés de leurs droits sont devenus vulnérables aux groupes extrémistes.

Ce manque d’unité et de planification à long terme a créé un État fragile, incapable de résister aux pressions internes et externes croissantes.

En tant que sociologue mozambicaine et spécialiste des droits de l’homme, j’ai passé ma vie d’adulte à lutter contre les dynamiques économiques, sociales, culturelles et politiques complexes de mon pays.

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Le Mozambique se trouve à un point critique. Le nouveau président doit affronter les défis profondément enracinés avec détermination et mener des réformes globales.

À mon avis, le nouveau leader est confronté à neuf défis majeurs. Il s’agit d’une crise économique profonde, d’une insurrection islamique dans le nord, du changement climatique, du trafic de drogue, du chômage, de la corruption, de mauvaises infrastructures, d’enlèvements et de salaires impayés du secteur public.

Crise économique

L’économie du Mozambique s’est détériorée, principalement en raison de déséquilibres structurels et d’une dépendance à l’égard des industries extractives. La croissance du PIB a fortement diminué, passant de 7 % en 2014 à 1,8 % en 2023.

Le ralentissement de la croissance a fait que plus de 62 % des Mozambicains vivent dans la pauvreté.

La crise de la dette publique a été aggravée par le « scandale de la dette cachée » : la découverte en 2016 de 2 milliards de dollars de dettes jusque-là non divulguées, que le gouvernement avait garanties à l'insu du Parlement.

Cela a limité la capacité de l’État à investir dans l’éducation, la santé et l’assainissement.

La relance économique doit s’accompagner d’interventions ciblées pour promouvoir une croissance inclusive. Tous les Mozambicains doivent bénéficier d’activités économiques pour réduire la pauvreté.

Insurrection

Depuis 2017, des groupes extrémistes exploitent les griefs locaux et la privation du droit de vote au niveau régional pour déstabiliser le nord du Mozambique. Plus de 4 000 personnes sont mortes. Près d'un million de personnes ont été déplacées.

Le conflit est enraciné dans les inégalités socio-économiques, aggravées par l’extraction du gaz naturel et des rubis. Les acteurs mondiaux et locaux se disputent le contrôle.

Le rôle du nouveau président dans la médiation de cette crise doit être nuancé. Il doit s’attaquer à la marginalisation historique de Cabo Delgado tout en équilibrant les réponses militaires et développementales.

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Il doit également écrire un nouveau chapitre dans le bilan déplorable du pays en matière de droits humains. Cette situation est marquée par des violations généralisées du droit à la vie, à l’intégrité physique, à la protection contre la détention arbitraire et aux libertés d’expression, de réunion et de presse.

Crise du changement climatique

Le changement climatique recoupe les vulnérabilités du Mozambique. Le pays a été frappé à plusieurs reprises par des cyclones de plus en plus dévastateurs, comme ceux d’Idai et de Kenneth en 2019.

La déforestation l’a rendu plus fragile, réduisant sa capacité à atténuer les risques d’inondation et d’érosion.

Le nouveau président devra mettre en place des politiques intégrant des stratégies d’atténuation et d’adaptation. Il devra également garantir une coopération multilatérale.

Trafic de drogue

Les réseaux de trafic de drogue se sont retranchés. Des frontières poreuses, des structures de gouvernance faibles et une corruption endémique ont fait du Mozambique un corridor pour le trafic d'héroïne et de cocaïne.

L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime estime que l’héroïne d’une valeur de 100 millions de dollars transite chaque année par le Mozambique. Cela alimente les économies informelles qui soutiennent les réseaux de favoritisme politique.

Pour résoudre le problème, il faut des institutions étatiques plus fortes. Cela nécessite également une collaboration régionale et mondiale pour perturber le flux transnational de stupéfiants.

Chômage

Le chômage s'élève à plus de 70 %, touchant particulièrement les jeunes. La privation des droits des jeunes risque de perpétuer les cycles de pauvreté, d’instabilité sociale et de radicalisation potentielle.

Des politiques promouvant la formation professionnelle et l’entrepreneuriat sont essentielles. Il en va de même pour les investissements dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme l’agriculture et l’industrie manufacturière.

Corruption

La corruption omniprésente érode la confiance du public et étouffe l’innovation économique. Les nouveaux efforts de lutte contre la corruption doivent aller au-delà des réformes superficielles. Ils doivent déraciner les structures de pouvoir qui soutiennent ces systèmes.

Mauvaises infrastructures

Les infrastructures sont en mauvais état. Les routes urbaines sont en ruine, les services publics sont inadéquats et les coupures d'électricité sont fréquentes. Les régions rurales manquent de services de base tels que l’eau potable et les soins de santé.

Le prochain président devra lancer une refonte ambitieuse des infrastructures pour améliorer les conditions de vie et stimuler la croissance économique.

Enlèvements

Les enlèvements, visant particulièrement les riches et les hommes d’affaires, ont créé une peur et une instabilité généralisées. Ce crime perturbe les opérations commerciales et dissuade les investissements étrangers, nuisant ainsi davantage à la croissance économique.

Le caractère très médiatisé des enlèvements suggère une collusion entre les réseaux criminels et les forces de l’ordre ainsi que des inefficacités du système judiciaire.

La persistance des enlèvements reflète des problèmes de gouvernance plus larges. Il s’agit notamment de la capacité limitée de l’État à répondre efficacement à la criminalité organisée.

Fonctionnaires non rémunérés

Les retards dans le paiement des salaires des fonctionnaires ont aggravé les problèmes économiques et sociaux. Les retards réduisent le pouvoir d’achat des fonctionnaires. Cela a affecté la consommation des ménages et les économies locales.

Le moral des employés est sapé, ce qui nuit à la productivité et érode la confiance dans les institutions gouvernementales.

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Le nouveau président doit procéder à des réformes du secteur public. Cela comprend l'audit des finances, l'amélioration de la collecte des recettes, l'application de la discipline budgétaire, la promotion des nominations fondées sur le mérite, la mise en œuvre des lois sur la probité, le renforcement des organismes anti-corruption et la diversification de l'économie.

L’avenir du Mozambique dépend de la capacité de son prochain dirigeant à faire face à ces crises profondes et interdépendantes. C’est une tâche énorme.

Quel qu’il soit, il devra sortir du moule du Frelimo, réparer les dégâts causés et mettre le pays sur une nouvelle voie de gouvernance propre, de paix et de croissance économique inclusive.

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