La rentrée littéraire 2024 en dix sublimes romans étrangers

Thomas Messias - Slate FR - 03/10
Venus de six pays, explorant des tas de genres différents, ils méritent tous de figurer en bonne place dans vos bibliothèques ou vos listes de Noël.

Après avoir passé en revue les premiers romans et les romans francophones de cette rentrée littéraire 2024, il était temps de boucler notre traditionnel triptyque avec une sélection de romans étrangers qui, cette année encore, se distingue par une variété de sujets et de styles à faire pâlir d'admiration.

Les dix livres de cette liste (neuf romans et un recueil de nouvelles) proviennent de six pays différents (Espagne, Corée du Sud, Argentine, Pays-Bas, Norvège et États-Unis, soit beaucoup d'Occident il faut bien le reconnaître). L'un a été écrit dans les années 1960, un autre lors de la décennie suivante, les huit restants au cours du XXIe siècle.

Difficile de dégager des points communs entre eux, si ce n'est que tous sont formidables mais qu'ils ne représentent qu'une infime partie de ce qui a pu sortir entre la mi-août et la fin septembre. Alors poussez la porte de votre libraire, faites preuve de curiosité, demandez conseil, achetez plein de livres en vue de vos futurs cadeaux de Noël ou de la fin du monde…

«Je t'ai donné des yeux et tu as regardé les ténèbres», les tripes et la grâce

«Et alors Joana le vit. Sainte Lucie! Sainte Mère de Dieu! Bernadi avait un pied poilu et puant avec seulement quatre doigts.Seulement quatre doigts! Joana sentait son cœur bondir de joie dans sa poitrine. À grand-peine, elle put contenir l'élan qui la poussait à s'agenouiller et à couvrir cette patte de baisers, comme Marie-Madeleine. Mais alors, Bernadí se calma. Il chaussa son pied rougi et écorché, et homme et femme poursuivirent leur chemin, talonnés par le soir et les hurlements des bêtes.»

Ça commence par les mugissements d'une vieillarde, qui se meurt sur son lit; à ce moment, on se dit que pour la gaudriole, on repassera. Mais si Je t'ai donné des yeux et tu as regardé les ténèbres est bel et bien construit autour des vingt-quatre dernières heures de la vie de cette femme, c'est en fin de compte un récit fantaisiste et remuant qui nous est offert. Pour son deuxième roman, l'artiste et poétesse Irene Solà signe une saga familiale ramassée –on n'en peut plus des pavés avec arbre généalogique inclus– sur fond de légendes ancestrales. Le résultat est captivant, énorme, drôle et repoussant à la fois.

À l'image de ce que promet le titre, il y a de la beauté dans ce livre. Mais la laideur y a également toute sa place: dans cet univers, on croise autant de démons que d'êtres difformes, tous magnifiés par une écriture maîtrisée. Irene Solà réussit le tour de force d'allier lyrisme et truculence au sein d'un même récit, et parfois d'une même page. Si vous ne parvenez pas à concevoir qu'un livre qui parle autant d'intestins, de fluides corporels et de flatulences puisse en même temps être si beau, c'est normal; mais il est probable que Je t'ai donné des yeux et tu as regardé les ténèbres vous fasse changer d'avis.

Je t'ai donné des yeux et tu as regardé les ténèbres
Irene Solà
Traduction: Edmond Raillard
Seuil
192 pages
21 euros
Paru le 19 août 1984

«S'aimer dans la grande ville», seuls à Séoul

«Cet été-là, je suis devenu complètement fou. Fou, égaré, ensorcelé. Tous les jours, tard dans la nuit, il m'appelait et je me précipitais dans un taxi en laissant ma ...
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