Tous les secrets de Friends racontés par ses créateurs : interview exclusive

Première - 22/09
Les co-créateurs Marta Kauffman et David Crane, ainsi que le producteur exécutif et réalisateur Kevin Bright, se confient pour les 30 ans de Friends

La série culte a 30 ans. Les co-créateurs Marta Kauffman et David Crane, ainsi que le producteur exécutif et réalisateur Kevin Bright, nous racontent en exclusivité leurs années Friends, qui sont forcément aussi un peu les nôtres. Interview confession.

Entretien tiré du hors-série Friends de Première, paru en avril 2024. Propos recueillis par François Léger et Charles Martin.

Première : Friends a débuté il y a trente ans et s’est terminée il y a deux décennies. Pourtant, la série connaît toujours une popularité fracassante, voire stratégique pour une plateforme comme Netflix, qui tremblait à l’idée d’en perdre les droits de diffusion [Friends a récemment déménagé sur Max]. Comment expliquez-vous que votre show soit toujours autant dans l’air du temps ?  Marta Kauffman : Ça n’en finit plus de m’étonner. Je n’ai pas d’explication valable, à part qu’on avait un casting incroyable et des scénaristes au diapason. C’est ce qui fait qu’on a envie de fréquenter ces personnages. De traîner avec eux au Central Perk, de participer à leurs vies. C’est une série réconfortante. 

David Crane : Il y a un esprit de communauté, tout le monde voudrait des amis comme ça. Quand on pitchait le synopsis à l’époque, on disait: « C’est ce moment de la vie où vos amis sont votre famille. » Il y a quelque chose d’universel et d’intemporel là-dedans. On voulait juste faire une série, mais il se trouve qu’on a tapé dans un truc qui rassemble tout le monde. 

Vous avez vu le film Le Monde après nous de Sam Esmail ? Friends y joue un rôle central, avec cette gamine de 12 ans obsédée par le fait de regarder le dernier épisode alors que la fin du monde approche. À un moment, il y a cette réplique : « C’est une série presque nostalgique d’une époque qui n’a jamais existé. » Vous êtes d’accord avec ça ?  DC : Hum. Pas vraiment. Oui, évidemment, il y avait des choses qui ne pouvaient pas exister  : malgré toutes les justifications qu’on a pu donner au fil des ans, personne ne peut vraiment croire que Monica a les moyens d’habiter dans ce bel appartement. Cela dit, je pense que ce qui se trouve au cœur de Friends correspond à une réalité. Marta et moi avons basé le scénario sur le New York de nos 20 ans, période où nous avions une bande d’amis exceptionnelle. La vie n’était bien sûr pas toujours marrante, mais je crois qu’on a fait infuser dans la série quelque chose d’authentique sur le plan émotionnel.

Kevin Bright :  Pratiquement tout le monde est nostalgique de sa vingtaine, c’est le meilleur moment de la vie. On y revient constamment et les souvenirs de cette époque sont ancrés en vous. Et il se trouve que les histoires de Friends  – avoir des peines de cœur, se demander quelle est sa place dans le monde, organiser de grands dîners avec ses potes – ont trouvé un écho partout sur la planète. C’est ainsi que la série est devenue de la comfort food : on la regardait à l’époque pour se replonger dans ses propres souvenirs, voire fantasmer l’âge adulte si on était plus jeune. Désormais, les gens y retournent pour retrouver l’époque où ils regardaient pour la première fois les épisodes ! 

MK : Pour clore le débat : j’ai trois enfants et ma plus jeune est née pendant qu’on tournait Friends. Quand elle était au lycée, une copine lui a demandé : « Tu connais cette nouvelle série, Friends ? » Elle était certaine que la série venait d’être tournée et qu’elle était censée se passer dans les années 90. (Rires.) Ça en dit long sur l’universalité du propos. Mais est-ce que la série est nostalgique de quelque chose qui n’aurait jamais existé ? Non, je ne crois pas. 

NBCUniversal

Revenons aux origines : comment avez-vous vendu Friends aux chaînes à l’époque ?  MK : De façon très énergique. On… 

DC :  … finissait les phrases de l’autre. (Rires.) En vérité, Friends était l’opposé d’une série conceptuelle, l’idée de départ n’aurait pas pu être plus simple. On venait de se planter dans les grandes largeurs avec Family Album sur CBS, annulée au bout de six épisodes. Et nous avions une très, très petite fenêtre de tir pour trouver quelque chose à vendre aux networks durant la saison des pilotes. Sinon, il allait falloir attendre une année entière pour proposer autre chose… Donc on se balançait des idées dans tous les sens, et je me souviens qu’on était dans ma voiture quand Marta a dit : « Et si ça se déroulait à New York, avec six amis qui traînent ensemble? Et ce serait tout ce qu’ils feraient. » On avait la trentaine à ce moment-là, alors on a interrogé des gens qui avaient dix ans de moins, juste pour savoir s’ils vivaient la même chose que nous à l’époque. Il s’est avéré que oui. Alors on a imaginé ces six personnages et on a tenté notre chance avec le pilote. On n’imaginait pas que trente ans plus tard, on serait en train de parler à des journalistes français de notre parcours! 

MK : Je ne dirais pas que le pilote s’est écrit tout seul, ma...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...