Emiliano Zapata, héros et martyr de la révolution mexicaine

National Geographic - 16/09
Dans un Mexique miné par les dictatures et les bouleversements politiques, ce caudillo d’origine paysanne lutta en faveur d’une réforme agraire radicale.

Emiliano Zapata devant ses quartiers, coiffé de son emblématique sombrero (1911).

PHOTOGRAPHIE DE Album

« Plutôt mourir debout que vivre à genoux », clamait Emiliano Zapata, chef paysan qui joua un rôle éminent dans la révolution mexicaine. Ce dernier naquit dans une société inégalitaire qu’il vit devenir de plus en plus injuste à mesure que la classe dirigeante asseyait son pouvoir et sa mainmise sur les terres. En tant que chef d’un puissant mouvement agricole de son État natal de Morelos, Zapata devint un acteur et un symbole central de la lutte visant à anéantir la dictature et les pratiques de gouvernement élitistes de l’époque.

Emiliano Zapata Salazar vit le jour dans le village d’Anenecuilco, en 1879, au début du Porfiriat, le régime dictatorial que le président Porfirio Díaz imposa au Mexique pendant plus d’une génération. Anenecuilco, était une communauté paysanne de 400 âmes implantée dès avant la colonisation espagnole. En nahuatl (la langue des Aztèques), son nom signifie « endroit où l’eau s’écoule » (en référence à la rivière Ayala) et reflète le paysage luxuriant et fertile qui l’environne.

Située dans le Morelos, État modeste mais important du sud du Mexique, Anenecuilco joua un rôle crucial dans les grands bouleversements que connut le Mexique au 19e siècle :  guerre d’indépendance contre l’Espagne, conflits internes entre libéraux et conservateurs, intervention française dans les années 1860, puis victoire des Libéraux de Benito Juárez, futur président du Mexique, sur l’armée envahisseuse de Napoléon III.

Le Morelos était un centre important de la production sucrière. La culture de canne à sucre, introduite lors de la conquête espagnole au 16e siècle, se développa dans les vallées semi-tropicales de l’État. C’est dans le Morelos qu’Hernán Cortés, conquistador espagnol qui vainquit l’Empire aztèque, obtint une encomienda du roi Charles Quint ; c’est-à-dire le droit de contraindre la population autochtone au travail forcé. Trois siècles plus tard, l’industrie sucrière était aux mains des riches propriétaires d’haciendas (grands domaines). Ne pouvant plus exploiter d’Africains réduits en esclavage après l’abolition de celui-ci par le Mexique en 1829, les propriétaires terriens se tournèrent vers les habitants de Morelos pour trouver de la main-d’œuvre. Souvent, ils recrutaient au sein de communautés du sud du Mexique créées à l’époque précolombienne. Anenecuilco était un de ces villages.

Pendant des générations, les relations entre les haciendas et les communautés permirent un équilibre précaire. Les communautés locales avaient le droit de garder les terres dont elles avaient besoin pour pratiquer l’agriculture vivrière tout en travaillant pour les propriétaires d’haciendas. Il n’était pas dans l’intérêt de ces derniers de déposséder les paysans, qui avaient déjà prouvé leur capacité à résister par le passé.

 

PROPRIÉTAIRES CONTRE PAYSANS

Cette cohabitation difficile prit fin lors du Porfiriat, lorsque le régime facilita l’expansion des hac...
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