Ce 25 avril 2024, le Portugal fête le cinquantenaire de la révolution des Œillets. Ce mouvement militaire et populaire a mis fin à la plus longue dictature que l'Europe ait connu au XXe siècle. À Fundão, petite ville de 50.000 habitants en plein centre du pays, les commémorations battent leur plein et les habitants sont rassemblés sur la place municipale.
Des jeunes y distribuent des œillets, symbole de la révolution. Des stands proposent des amuse-gueule et des spécialités de diverses origines: Afghanistan, Ukraine, São Tomé, Principe. Elles attestent de la diversité de cette ville qui, en 2023, a été désignée capitale européenne de l'inclusion et de la diversité par la Commission européenne.
Mais cette année, une vague inquiétude plane. Les mots du maire Paulo Fernandes résonnent comme une sonnette d'alarme dans la salle où se tiennent les discours commémoratifs: «L'ironie du sort a voulu que l'année où nous fêtons les 50 ans de notre démocratie soit aussi celle de l'élection de cinquante députés d'extrême droite au Parlement.»
Le parti Chega d'André Ventura, créé en 2019, est en effet passé de 12 à 50 députés lors des élections législatives anticipées en mars de l'année dernière, convoquées à la suite de la démission du Premier ministre socialiste António Costa, soupçonné d'être impliqué dans une affaire de corruption.
Quelques rues plus bas, loin des festivités, Marta Afonso, membre de la communauté rom locale, discute avec d'autres femmes roms, toutes vêtues de noir, couleur du deuil. Son fils aîné de 27 ans est mort. La loi tsigane impose un ensemble de règles à la famille endeuillée. Finies les fêtes, interdiction de regarder la télévision, d'écouter de la musique ou de manger de la viande, obligation de se couvrir la tête et de s'habiller tout en noir, et la liste continue.
Marta et sa belle-sœur avec leurs petits-enfants, membres de la communauté Rom de Fundão. | Eva Massy
«Pour nous, de toute façon, le 25 avril est une journée comme les autres», relativise-t-elle. Cinq décennies de démocratie n'ont pas suffi à mettre fin à la ségrégation des communautés gitanes. «C'est eux c...
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