Existe-t-il vraiment un déni face aux signalements d'inceste?

Léonore Le Caisne - Slate FR - 24/07
Difficile de parler d'indifférence: les professionnels sont souvent embarrassés ou pris dans des contraintes procédurales.

Depuis la sortie de La Familia grande de Camille Kouchner en 2021, le déni, la lâcheté, voire l'indifférence face au crime d'inceste sont souvent dénoncés. Ils concourraient au faible nombre des condamnations annuelles (1.000 pour 160.000 victimes). Mais peut-on continuer à parler de «déni» ou d'«indifférence» sans étudier précisément les réactions des uns et des autres quand un inceste est suspecté et/ou dénoncé?

Seules des enquêtes empiriques qui distinguent les places occupées par chacun lorsqu'un inceste a été commis et révélé permettent de sortir du caractère impressionniste de ces constatations. En effet, les réactions à l'inceste dépendent de ces places de victime, d'agresseur, de parent, d'ami, de collègue, de voisin, d'enseignant, de travailleur social ou d'enquêteur: suspecter, dénoncer, se taire, commérer, nier, enquêter, s'exprimer, révéler, s'inquiéter, rester indifférent…

Des enquêtes de terrain montrent qu'à la protection de l'enfance par exemple, les professionnels ne sont pas dans le déni, mais qu'ils sont le plus souvent embarrassés et pris dans des contraintes procédurales. Les suspicions d'inceste y sont parlées et réfléchies, mais l'organisation institutionnelle empêche les professionnels de toutes les signaler et de les conduire jusqu'à l'enquête de police qui, seule, peut établir des ...
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