«Mon fils, la nuit, me rejoignait dans mon lit de peur que je me suicide» : Roland Dumas, enfin délivré d'un poids obsédant, faisait cette confidence après que la cour d'appel de Paris l'eut blanchi, le 24 janvier 2003, des accusations formulées contre lui dans «l'affaire Elf» pour lesquelles il avait été condamné par le tribunal correctionnel de Paris, le 30 mai 2001, à six mois de prison ferme, deux ans avec sursis et une amende d'un million de francs. Avant ce verdict absolutoire, il se trouvait au bord du gouffre. Une situation d'autant plus tragique qu'auparavant il avait tout connu de ce qu'un homme peut connaître : la renommée, l'argent, le pouvoir, les femmes… Tout disparaissant dans un tourbillon judiciaire au fiel d'autant plus amer que la douceur du miel lui était devenue naturelle.
Ce miel lui sera resté comme un souvenir. Quoi qu'on en dise, on ne se remet pas d'une affaire pareille, pas davantage qu'on ne peut se remettre des agressions de l'âge, quand celui-ci vous laisse une blessure à la hanche et une canne pour vous soutenir. Même si l'on a l'élégance de continuer à se tenir debout. Jusqu'à la fin. Roland Dumas est décédé à l’âge de 101 ans.
Achevée en tragédie, la carrière de Roland Dumas a commencé en tragédie. Au départ il y a un père exemplaire et vénéré. Ce père, Georges Dumas, employé municipal à Limoges, socialiste, franc-maçon et responsable local de la CGT, marié à une Elisabeth Lecanuet qui apparente sa descendance à Jean Lecanuet, futur leader centriste et député-maire de Rouen, s'engage dans la résistance à l'occupation allemande. En mars 1944, membre de l'état-major de l'armée secrète pour le département de Haute-Vienne, chargé du noyautage des administrations publiques, il est arrêté par la Gestapo puis fusillé à Brantôme. À Roland, son fils, alors âgé de vingt et un ans, incombe l'horrible mission d'aller reconnaître son corps après son exhumation. Un souvenir qui ne s'effacera jamais, et qui lui permettra, près de quarante ans plus tard, lors d'une de ses campagnes électorales, de se dire, paraphrasant la devise de la Légion étrangère: «Périgourdin non par le sang reçu mais par le sang versé...»
Roland Dumas, lui-même, participe alors à la Résistance. Son père l'a envoyé à Lyon pour y suivre des études de droit et de sciences politi...
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