Si l'on veut avoir un aperçu rapide des problèmes qui se posent actuellement en France en matière de logement, il suffit de lire les chiffres qui figurent en tête du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre. 4,2 millions de personnes ne sont pas logées ou le sont mal, 12,1 millions de personnes sont fragilisées par la crise du logement, plus d'un million de personnes vivent dans un habitat indigne, 2,6 millions de ménages sont en attente d'un logement social, 330.000 personnes sont sans domicile, etc.
Évidemment, ces chiffres sont à prendre avec précaution: comme il s'agit d'interpeller les élus nationaux et locaux et de frapper l'opinion publique, ce document ne fait pas dans la nuance et, quelle que soit l'évolution de la situation, celle-ci est systématiquement présentée sous un jour dramatique. Mais c'est un fait indéniable que la situation actuelle est médiocre et qu'on ne voit pas venir de réelle amélioration.
Quand il s'agit de logement, le terme de «crise» revient assez fréquemment et il est loin d'avoir toujours la même signification. En 1945, après deux guerres et une épidémie de grippe espagnole, la France comptait le même nombre d'habitants qu'en 1880 et deux millions de moins qu'en 1914. Le problème n'était pas le nombre de logements, mais leur qualité.
Comme les loyers avaient été bloqués dès le début de la Première Guerre mondiale et ne devaient être débloqués qu'en 1948, les propriétaires n'avaient pas les moyens de les entretenir. La plupart d'entre eux manquaient totalement de sanitaires. Il y avait tout de même un point positif: dans cette France de locataires, se loger ne coûtait presque rien.
Xavier Lépine, président de l'IEIF (Institut de l'épargne immobilière et foncière), dans l'introduction à un remarquable dossier sur le logement de Réflexions immobilières, la revue de son institut, rappelle que «selon certaines études, les Français dépensaient 2% de leurs revenus pour...
[Courte citation de 8% de l'article original]