Loup Viallet, directeur de l’Aurore – Du 14 au 19 mai, Jean-Luc Mélenchon est l’invité du Premier ministre du Sénégal et président du PASTEF Ousmane Sonko, qu’il a activement soutenu lorsque ce dernier était l’opposant de Macky Sall. Accompagné d’une délégation de parlementaires de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon a annoncé que ce voyage avait pour but « l’étude des causes ayant provoqué l’insurrection populaire et des méthodes ayant permis la victoire électorale contre le régime libéral de Macky Sall devenu autoritaire ». Pensez-vous, avec Jean-Luc Mélenchon, que l’élection présidentielle sénégalaise de mars 2024 représente un modèle d’ « insurrection populaire » dont devraient s’inspirer des leaders politiques étrangers ?
Contrairement à ce que dit Mélenchon, l’insurrection a été vaincue grâce au professionnalisme de nos forces de défense et de sécurité. Dans les pays de la sous-région, l’Etat serait tombé au bout de quelques semaines. Sonko avait été arrêté et mis en prison pour répondre de ses actes. Les Grecs, qui ont inventé la démocratie ont aussi inventé l’amnistie. L’amnistie qui a permis à Sonko de sortir de prison résulte de la magnanimité du Président Sall, qui a voulu réconcilier le pays avant de partir. Après l’amnistie, le PASTEF a retrouvé le droit chemin en renonçant aux cocktails Molotov et en revenant à un comportement d’opposition légale, dans notre tradition.
Il faut que Mélenchon comprenne qu’en France, dans son propre pays, personne ne s’exprime avec des cocktails Molotov pour faire avancer le débat public. Chez nous aussi on ne l’accepte pas, et Sonko l’a compris aujourd’hui. Il faut se rappeler que l’Université Cheikh Anta Diop où Sonko a reçu Mélenchon a elle-même été incendiée par les partisans de Sonko. Jusqu’à présent, le PASTEF, ses universitaires, ses intellectuels organiques n’ont toujours pas condamné cet incendie. A l’époque, citant Heine, je rappelais « Là où on brûle des livres, on finira par brûler des Hommes ». Et PASTEF brûlait des femmes quand ses militants jetaient des cocktails Molotov dans un bus. Malgré l’amnistie, on n’oublie pas la mort de ces jeunes filles.
Pour la culture générale de Mélenchon, il faut qu’il comprenne qu’ici on vote depuis plus de deux siècles. Chez nous l’insurrection populaire se fait dans les urnes, pas avec des cocktails Molotov. On compte sur Sonko pour le lui expliquer parce que Mélenchon incarne un certain paternalisme de gauche qui frise le racisme. Au moins, avec ce qui s’est passé au Sénégal où l’alternance politique est devenue une banalité, notre pays ne deviendra jamais comme le Venezuela, la référence absolue de Mélenchon. Pour Mélenchon, apparemment c’est « vérité en deca des Pyrénées, erreur au-delà », car Madame Adji Sarr, qui accuse Sonko de viols à répétition, est victime d’une double peine (précarité économique et psychologique). Mélenchon a choisi le camp des puissants contre celui de l’orpheline.
Quel rôle...
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