San'ya, le quartier des oubliés et des parias de Tokyo

Elodie Palasse-Leroux - Slate FR - 05/05
Croyances et préjugés condamnent depuis des siècles les habitants du «triangle des Bermudes» tokyoïte à une spirale de précarité et d'isolement.

Inutile de chercher son nom sur une carte de la ville: officiellement, le district de San'ya (souvent orthographié Sanya) n'existe plus. Il a été redécoupé par les autorités japonaises dans les années 1960 et intégré aux districts voisins de Kiyokawa et de Zutsumi. Caché dans la partie nord-est de Tokyo, il regroupe une communauté de travailleurs journaliers, de disparus volontaires et d'accidentés de la vie.

À la sortie du métro Minami-Senju, rien ne laisse deviner la proximité de ce ghetto: les rues sont propres, les immeubles et les supermarchés rutilants. Il faut s'éloigner de quelques centaines de mètres de cette carte postale du Tokyo contemporain pour découvrir les trottoirs jonchés de détritus, un paysage émaillé de tentes ou d'habitations de fortune en carton. Des hommes aux visages émaciés discutent, assis à même le sol, devant la devanture défraîchie d'une modeste pension.

Elle affiche ses tarifs: 20 euros la nuit, somme que tous ne peuvent pas se permettre. Le minuscule établissement jouxte un local sombre et exigu équipé de machines à laver et de consignes rouillées. En 2017, une étude évaluait l'âge moyen des membres de cette communauté à 61,5 ans. Trop âgés pour être régulièrement employés, 88% d'entre eux subsistent grâce à des aides d'État. La population de San'ya est en majorité masculine: les femmes représenteraient environ 5% de la communauté.

«Existence inesthétique»

D'après les recensements gouvernementaux, un millier de Japonais vivraient à San'ya dans des conditions précaires (en 2021, le ministère de la Santé recensait moins de 4.000 sans-abri à l'échelle nationale, soit 0,00003% de la population). Mais selon les organisations caritatives locales, ce chiffre...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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