Pendant des millénaires, on a récité en Europe : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien » car il n'était absolument pas évident de pouvoir manger. Aujourd'hui, contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses autres régions du monde, chacun sait en France qu'il pourra manger demain, plus personne ne meurt de faim dans notre pays… Mais on n’a jamais été aussi inquiet sur la nourriture, on a peur de se faire empoisonner, de grossir, de polluer la planète, de ne pas être solidaire, d'être victime des multinationales, etc.
au sommaire
De plus, pour compléter mon introduction, comme la distance entre le producteur et le consommateur est maintenant très importante, on cherche à se rassurer par des labels et des signes qui nous prouvent qu'en matièrematière d'alimentation au moins, on tente de « bien » faire. C'est aussi en quelque sorte un aveu d'impuissance : faute de pouvoir changer le monde, changeons au moins notre alimentation et par là même, maîtrisons un minimum notre corps. Mais la vie devient de plus en plus compliquée car de nombreux labels se présentent, souvent contradictoires.
La fin du monopole du bio et l'émergence de la 3e voie
Il y a encore une dizaine d'années, du point de vue des militants, le monde était coupé en deux : il y avait le bio et le reste ! Et la croissance du bio semblait inéluctable et infinie : son chiffre d'affaires était passé de 1 à 12,7 milliards d'euros entre 2000 et 2020. Mais c'était provisoire : comme je l'ai détaillé dans l'article : « Baisse historique de la bio : d’autres idées émergent sur la nourriture », la Covid-19, puis la reprise de l'inflation a stoppé net cette progression, et maintenant ce chiffre stagne, puis diminue !
De plus en plus de Français jugent maintenant que le bio, c'est trop cher pour eux, et surtout de nombreux autres labels et signes de qualité sont arrivés, relativisant celui de la bio. C'est que « bien manger » est une opération fort complexe, et multifactorielle, qui rend le choix du consommateur, qui souhaite être vertueux, fort complexe. Rappelons quelques dilemmes :
- Viande bio, ou surtout bien-être animal ?
- Moins de viande et meilleure viande, ou carrément végétarienvégétarien ?
- Bio français, ou importé ? (Un tiers du bio consommé en France est importé). De quel pays ? Avec les mêmes exigences ? Combien de kilomètres ?
- Fruits « ordinaires » en vrac, ou fruits bio sous emballages ?
- Bio, ou local avant tout ?
- Quel local : moins de 50 kilomètres, de mon département, de ma région, de la France, de l'Europe ?
- Bio, ou équitable avant tout ? Par exemple café bio, ou café équitable ?
- Le « vrai » bio des magasins spécialisés indépendants, ou bien celui des hypermarchés est-il également valable ?
- Pain bio, pain complet, ou pain sans glutengluten ?
- Lait bio, lait sans lactose, ou lait d'amandeamande ?
- D'abord bio, ou d'abord une bonne note au Nutriscore ou à Yuka ?
- Bio, ou label rouge, ou AOC ?
- Bio, ou casher ou halal (en matière de viande, le halal pèse beaucoup plus que le bio !) ?
- Bio, ou sans pesticidespesticides de synthèse, ou seulement « garanti sans résidus » ?
- Combien de gaz à effet de serregaz à effet de serre dans mon assiette ?
S'engouffrant dans cette brèche, de nombreux collectifs ont émergé, tentant d'offrir une « troisième voie » entre le bio et le « productiviste ». Ces groupements de producteurs se donnent un cahier des charges incluant à la fois des exigences environnementales, économiques et sociétales. Pour être crédibles, dans tous les cas, ces collectifs utilisent des organismes et personnalités extérieurs et indépendants pour contrôler chaque année le respect de leurs normes et engagements.
Le collectif Demain la Terre en particulier regroupe 23 groupements de producteurs de fruits et légumes qui représentent 2 % de la production française. Ils s'engagent fortement sur 10 thématiques, dans une démarche de progrès continu (toujours faire mieux et en général nettement mieux que la législation, progresser chaque année) :
- réduire l'usage des pesticides et faire disparaître toute trace de résidus ;
- préserver la ressource en eau ;
- préserver la qualité des sols ;
- sauvegarder la biodiversitébiodiversité et les écosystèmesécosystèmes naturels ;
- réduire la consommation d'énergie fossileénergie fossile et limiter l'émissionémission de gaz à effet de serre ;
- réduire et valoriser les déchetsdéchets et limiter la consommation de matière plastiquematière plastique ;
- favoriser une relation économique durable avec les parties prenantes ;
- développer une entreprise et une société plus humaines ;
- exiger les meilleures matières premières ;
- mettre en œuvre des recettes et des procédés responsables.
Dans l'élevage, le collectif Bleu-Blanc-Cœur regroupe 7 000 éleveurs qui introduisent plus de biodiversité dans leurs champs, et diversifient et équilibrent l'alimentation de leurs animaux avec des fourrages et des graines d'intérêts nutritionnels naturellement riches en O...
[Courte citation de 8% de l'article original]