Ces quartiers gouvernés par les dealers : enquête sur l'ampleur du trafic de drogue en France

L'Express - 03/04
EPISODE 1/3 - Sécurité, vie sociale, business, et même loisirs : dans certains quartiers de France, la règle des trafiquants se substitue à celles de la République. Enquête sur ces principautés de la drogue.

"Opération pichenette" et "communication XXL", moque le syndicat de la magistrature. Une "pieuvre" , une "hydre", constatent les magistrats, parfois désabusés. Le trafic de drogue n'a jamais été aussi florissant en France, porté par une consommation en hausse constante. Des "checkpoints", frontières revendiquées entre la rue et le royaume des dealers, coupent désormais certains quartiers du reste de la ville. Les actes de torture et les règlements de compte meurtriers s'y multiplient, on découvre aussi des commandos de mineurs tueurs, ignorant parfois tout de leur commanditaire. "Vertige" et "bord du gouffre", disent les sénateurs de la commission d'enquête sur le narcotrafic en France.

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Face à la crise, le gouvernement tente de reprendre le contrôle. Des opérations "place nette XXL" se lancent à Marseille, Sevran, Toulouse, Strasbourg, Nantes, Lille... De discrètes enquêtes anti-blanchiment, aussi, à la poursuite de criminels toujours plus ingénieux. A l'abri des regards, une lutte sourde se joue entre la police et ces princes du deal, réfugiés à Dubai, au Maroc ou en Espagne où ils prétendent blanchir l'argent sale en toute quiétude. Chaque camp tentent d'actionner tous les leviers pour distancer l'autre. Enquête sur une guerre aux ramifications politiques, sécuritaires, diplomatiques, technologiques et scientifiques.

Les bâtisses en brique rouge de plain-pied succèdent aux réclames pour Leroy Merlin ou Grand Frais, les enseignes phares de la zone commerciale alentour. Ce lundi 25 mars, une demi-dizaine de berlines s’enfoncent dans Roubaix, depuis la préfecture lilloise. Rendez-vous au quartier de la Potennerie, où une opération "place nette XXL", anti-trafic de drogue, est lancée depuis six heures du matin. Les véhicules se cabrent rue Jules Guesde, vide, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, sort de l’une d’eux, file au pas rapide à l’angle, devant le Oileau Market, une petite supérette, fermée. Sur le trottoir et dans une courée adjacente, quatre camions de police, une vingtaine d’agents en bleu, aux aguets. Posé sur le capot d’une voiture des forces de l’ordre, une carte de la métropole lilloise. Le préfet et le directeur de la police départementale se positionnent devant le plan, ils répètent devant leur supérieur les objectifs de la journée. Démanteler les points de deal dans six cités de l’agglomération, interpeller les malfaiteurs, contrôler les commerces suspectés de blanchiment.

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Gérald Darmanin annonce à la presse 187 interpellations de trafiquants de drogue, dans le cadre de cinq autres opérations "place nette XXL", à Marseille, Dijon, Villeurbanne, en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine. Puis il repart en toute hâte, sa halte roubaisienne a duré une trentaine de minutes, ce que lui reproche vertement le député Insoumis David Guiraud, présent sur les lieux : "Ce n’est pas correct ce que vous faites". "Lui, il repart, et nous on est toujours là. Demain le trafic reprendra", oppose le parlementaire, en écho à une récente Une du journal La Provence, après la visite marseillaise d’Emmanuel Macron, une semaine auparavant. "C’est vous qui n’êtes pas correct", répond seulement le ministre de l’Intérieur.

Gérald Darmanin sait que l’argument affleure, rançon du succès médiatique de ses "places nettes", ces coups de filet semblables aux opérations "tempête" ou "coups de poings" de jadis. On saisit de la drogue, on arrête des trafiquants, si possible des gérants du réseau, on occupe l’espace public, comme ce lundi à Roubaix, et les habitants se sentent mieux. Symbole de l’engoue...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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