"Beau, bon et saint idiot"

MSN - 29/03
La nouvelle traduction du chef-d'œuvre de Dostoïevski met en valeur toute sa valeur mystique

Que le mal soit le moteur de la littérature est une vérité si évidente qu’elle s’avère être une mystification. Il est trop facile de suivre la trace des méchants pour tenir le lecteur en laisse, à la merci du gouffre. Dans le classement d'Harold Bloom, parmi les méchants de la littérature occidentale, se distinguent les Iago et Edmund de Shakespeare par leur bassesse, le Satan de Milton par l'orgueil et le juge Holden, le tyran albinos de Blood Meridian, le chef-d'œuvre de Cormac McCarthy, par sa vigueur et sa cruauté. De son côté, Dostoïevski peut se targuer de deux méchants extraordinaires : Nikolaï Stavroguine, le contre-protagoniste des Démons, et Ivan Karamazov, le plus sournois – et intelligent – ​​des frères.

Pourtant, pour Dostoïevski, la littérature est animée par le bien et le défi de l'écrivain authentique, celui qui se risque tout entier dans l'œuvre, est la construction d'un « homme positivement beau », comme il l'écrivait, en janvier 1868, à son nièce Sof' Ya Ivanovna. Le bien est l'élément qui surprend, qui surprend : dans un monde dominé par la ruse, sinon par la violence, un homme bon passe pour un idiot, pour un idiot. La naïveté est stigmatisée ; l'innocence persécutée. À la recherche d'un modèle pour le prince Mykine, Dostoïevski parcourt la cour littéraire : Don Quichotte est son paradigme, m...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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