Comment Vladimir Poutine retourne l'attentat du Crocus City Hall en sa faveur

Fred Kaplan - Slate FR - 28/03
Le président russe instrumentalise la tuerie du 22 mars pour alimenter sa propagande, quelle que soit la réalité des faits.

Que le groupe terroriste État islamique (Daech) soit derrière l'énorme attentat perpétré vendredi 22 mars dans la salle de concert du Crocus City Hall, à Krasnogorsk près de Moscou, faisant 143 morts et plus de 200 blessés (dont quatre-vingts étaient toujours hospitalisés mercredi 27 mars), n'a rien de surprenant. Ce qui est surprenant, c'est que ce genre de choses ne se produise pas plus souvent.

En Irak et en Syrie, Daech a été plus ou moins considéré mort et enterré après que les forces américaines, irakiennes et kurdes ont repris Mossoul en juillet 2017 et vaincu son dernier bastion d'hommes armés lors de combats féroces près de la ville irakienne, puis après la libération de Raqqa (Syrie) en octobre 2017 et la chute de son dernier bastion syrien à Baghouz en mars 2019. Au cours des années précédentes, le groupe terroriste avait dirigé quelque 12 millions de personnes dans un «califat» autoproclamé qui s'étendait sur la plus grande partie du nord-ouest de l'Irak et de l'est de la Syrie. Daech avait été oblitéré en tant que puissance politique et militaire, mais quelques milliers de ses fanatiques avaient survécu.

Nombre d'analyses et d'articles occidentaux décrivaient le groupe État islamique comme une ramification particulièrement violente d'Al-Qaida, décidée à éradiquer ou à renverser des territoires tenus par toutes sortes d'«apostats» –chrétiens, juifs et musulmans chiites rivaux. Et pour ce groupe, la Russie était également un ennemi parti...
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