Quand il y a un enfant en jeu, la séparation avec un conjoint toxique ne met pas toujours fin aux souffrances psychiques. Caroline Bréhat, psychothérapeute spécialiste des liens toxiques décrit pour nous le mécanisme fréquent et la façon de se préserver au mieux.
Séparés, mais pas forcément protégés. Dans une famille, quand l’un des partenaires est une personne toxique, la séparation parentale ne met pas fin instantanément au lien toxique, qui va perdurer dans les questions de garde, de décisions, etc. Une brèche dans laquelle s’engouffre volontiers le parent tyran : dénigrement, refus de coopération, manipulation de l’enfant font partie des armes qui se mettent souvent en place. Et qu’il vaut mieux appréhender comme nous l’apprend Caroline Bréhat, psychothérapeute et auteur de Rester parent avec un ex toxique, à paraître le 28 mars (Ed. Eyrolles). Nous lui avons posé nos questions.
Caroline Bréhat. Lorsqu’il y a une séparation, le fait de "co-parenter" avec une personne toxique change tout dans la situation puisqu'il y l’enfant au milieu. On ne peut donc pas se libérer complètement de l’emprise mise en place. Ce que je remarque aussi très souvent, c'est l'omniprésence de la peur : le parent "sain" comme je l’appelle, a peur de l’avenir, de ce que l’enfant va vivre surtout, et il comprend vite que l’autre ne respectera pas les besoins fondamentaux de l’enfant dont celui de sécurité. Il appréhende également que l’enfant devienne comme le parent toxique, à son contact, ou qu’il vive des psycho-traumas, ce qui est probable.
Ce n’est pas fréquent, c’est systématique avec une telle personnalité, puisqu’elle ne sait pas fonctionner autrement. Si elle usait du contrôle, de la surveillance, de l’humiliation dans son couple, il est quasi systématique qu’elle ne sache pas répondre aux besoins affectifs de l’enfant, ni ne respecte ses autres besoins. Cela va de la négligence, à la maltraitance selon le degré. Mais ce qui est sûr, c’est que le parent sain va devoir réparer, et constamment arranger les choses pour rétablir un équilibre. Il a cette obligation de devenir le "bon" parent.
Ce n’est pas facile, mais il y a différentes étapes. Déjà, la première chose à faire pour affronter cette situation est de faire un travail de deuil (accompagné) : deuil de la famille idéale, deuil d’un couple fonctionnel qui s’entraide et se concerte même dans la séparation… Plus on est réaliste, plus on peut être dans l’action et dans le fait de "monter la garde" pour protéger son enfant.
De deux, il s’agit aussi de prendre soin de soi, pour affronter l’autre, pour réparer les psycho-traumas que l’ex peut causer à votre enfant, il faut aller bien soi-même. Il ne faut donc pas s’oublier.
Enfin, il est aussi primordial de trouver un bon avocat, spécialiste de ces questions de perversion, et d’établir une convention de garde blindée qui ne laisse rien au hasard : horaires de gardes, vacances. Et si on a l’impression que cela se passe mal avec l’enfant, on constitue sans attendre un dossier. C’est souvent la seule façon de bien cadrer une situation qui dérape.
L’idée c’est de lui imposer un cadre cohérent qu’il n’a pas chez l’autre parent. C’est ce qu’on appelle un accordage émotionnel. C’est-à-dire que la maman ou le papa "sain" va devoir aider sans cesse l’enfant à mettre des mots sur des émotions dans ce contexte compliqué, l’aider à révéler ses sensations. Cela demande d'être disponible un maximum.
Il y a également un travail de limites rassurantes, d’un cadre, de règles à apporter à l’enfant, qui ne sait plus trop ou est le bien et le mal à cause du parent toxique.
Enfin, on sait aujourd’hui que les enfants qui ont accès grâce à leur parent à un imaginaire fort (via le dessin, la cultu...
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