« Discuter avec les djihadistes est une sorte de fuite en avant »

Viviane Forson - LePoint - 31/08
ENTRETIEN. L’échec occidental en Afghanistan trouve un écho particulier au Sahel. Le chercheur Lassina Diarra du Timbuktu Institute en décrypte les enjeux en cours.

Contrairement aux États-Unis en Afghanistan, la France n’est pas près de se désengager du Sahel. D’abord, parce qu’en annonçant la fin de la mission Barkhane en tant qu’opération extérieure, Emmanuel Macron a évoqué une « transformation profonde » de la présence militaire française au Sahel avec un renforcement de la force européenne « Takuba ». C’était au mois de juin, et entre-temps, les folles images qui sont parvenues de Kaboul ne sont pas de nature à rassurer. Il faut dire qu’au Mali, où la France était intervenue en 2013 pour stopper l’avancée des groupes djihadistes vers la capitale Bamako, l’effondrement soudain du gouvernement afghan a provoqué une « onde de choc » dans un pays qui fait face au terrorisme depuis plus de dix ans. Qu’en est-il réellement de ce fameux « syndrome afghan » ? Un cocktail que Lassina Diarra, coordonnateur et chercheur sur le terrorisme en Afrique de l’Ouest au Timbuktu Institute, a accepté de décrypter pour Le Point Afrique.

Le Point Afrique : Après l’émoi qu’a suscité la prise de Kaboul par les talibans, quelles ont été les réactions sur le continent ?

Diarra Lassina : Dans les pays du Sahel, il y a eu peu de réactions officielles, de dirigeants ou d’acteurs de la société civile, mais en coulisses de nombreuses voix s’interrogent. Les questions portent surtout autour de la politique américaine, l’interventionnisme occidental, ou en tout cas l’approche purement militaire. Beaucoup de gens se demandent également si un scénario afghan peut se reproduire chez eux. La question mérite d’être posée.

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