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REINVENTER NOTRE REPUBLIQUE (Par Moubarack LO)
Seneweb -
05/03
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REINVENTER NOTRE REPUBLIQUE (Par Moubarack LO)
Un régime constitutionnel, quel qu’il soit, n’a de valeur que par rapport à son adéquation aux réalités locales et à sa capacité à améliorer la qualité de vie de la population qu’il est censé servir. C’est sous cette lumière qu’il nous faut évaluer en permanence le système républicain que nous nous sommes choisi dès le début de notre indépendance.
64 ans après, des interrogations persistent, et le maintien à l’identique des défis (lutte contre la pauvreté, renforcement de la cohésion nationale) qui se posaient à nous en 1960 est la preuve que nos institutions requièrent toujours un ajustement, bien plus profond que les réformes conduites en 1963 (instauration du présidentialisme), en 1970 (création du poste de Premier Ministre) et en 2001 (modification légère du régime présidentiel).
L’enjeu consiste pour notre pays à se donner des institutions modernes, à même d’accélérer son émergence économique, sociale et culturelle. Pour atteindre cet objectif, nous devons marquer un vrai tournant et inventer une autre république.
Depuis 1963, le Président de la République concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir de décision, tandis que le fait majoritaire rend le parlement inapte à exercer réellement sa mission de contrôle du gouvernement et que le pouvoir judiciaire a du mal à se défaire de l’emprise de l’exécutif.
La désignation d’un Premier Ministre, à partir de 1970, n’a pas fondamentalement altéré la nature présidentialiste du régime et le Premier Ministre s’est révélé, dans les faits, être plus un coordonnateur du travail des Ministres (Primus inter Pares) que le chef d’un gouvernement dont le socle demeure le Président de la République qui fait et défait les Ministres.
Le terme de « maître du jeu » utilisé par l’ancien Président Abdou Diouf, à l’occasion d’un retour de voyage, illustre parfaitement cette situation. Et, en vérité, le Premier Ministre n’est responsable politiquement que devant le Président, et ses relations avec le Parlement sont quasi-inexistantes puisqu’il ne s’y rend dans les faits, du moins jusqu’à aujourd’hui, qu’une seule fois pendant tout son séjour à la Primature pour prononcer son discours de politique générale.
Du point de vue de tous les analystes, la réforme constitutionnelle de janvier 2001 (confirmée en 2016) n’a entamé en rien les fondements du régime présidentialiste. Certes, un titre spécial de la Constitution a été réservé au Gouvernement, mais les articles en question n’ont fait que codifier ce que la longue pratique du présidentialisme avait fini de consacrer depuis belle lurette. Ainsi, les Premiers Ministres qui se sont succédé depuis janvier 2001 n’ont guère eu de marge de manœuvre supplémentaire par rapport à leurs devanciers. Et, au delà des personnalités des uns et des autres, et du rapport de forces politique, c’est le texte constitutionnel qui le veut ainsi.
Un tel schéma présidentialiste possède des avantages et des inconvénients.
Au nombre des points positifs, on peut relever la désignation directe par le peuple du chef de l’exécutif à qui il pourra ultérieurement demander des comptes.
En outre, le renforcement de la cohésion de la nation et sa mobilisation autour des tâches du développement peuvent être facilitées par la concentration du pouvoir autour du président, père de la jeune nation et garant de son unité. Cela s’est révélé particulièrement vrai au début des indépendances où tout était à faire, y compris convaincre les citoyens d’adhérer à un « commun vouloir de vie commune ». Toutefois, l’expérience a montré que ces avantages attendus du présidentialisme ont rarement été opérants en Afrique et, en vérité, sauf à de rares exceptions, les présidents élus ou autoproclamés (par suite d’un coup d’Etat) se sont plus préoccupés à asseoir un pouvoir absolu et personnel, et à s’éterniser au sommet de l’Etat, qu’à s’évertuer à faire sortir leur peuple de la pauvreté. Alors que l’humanité aborde un nouveau siècle, plein de promesses pour l’Afrique, il est étonnant que cette situation persiste encore dans nombre de pays du continent.
Le présidentialisme, du moins en Afrique, possède en effet des handicaps de taille qui constituent autant de contraintes dans la marche vers l’émergence économique et sociale:
le présidentialisme ne favorise pas ... [Courte citation de 8% de l'article original]
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