La Bastille occupe une place importante dans l’imaginaire révolutionnaire. Lorsque les foules parisiennes s’emparèrent de la forteresse du roi de France en juillet 1789, elles créèrent involontairement un modèle pour tous les bouleversements ultérieurs. De la révolution russe aux « révolutions de couleur » du début des années 2000 jusqu'aux appels actuels à une « révolution Intifada », les futurs révolutionnaires imaginent leurs mouvements comme des versions de celui de 1789 : des ruptures brusques, souvent violentes, dans la vie politique d'une nation qui inciser une ligne de démarcation dans le temps, séparant le passé de l’ancien régime d’un avenir radicalement nouveau et différent.
Cette vision a pris forme au cours du demi-siècle de 1775 à 1825, époque des révolutions américaine, française, haïtienne et hispano-américaine. Les patriotes ont fièrement proclamé les droits de l’homme tout en brisant les empires européens et en lançant des dizaines de républiques démocratiques. Un article de foi central pour ces révolutionnaires et leurs héritiers était qu’ils recommençaient « un monde nouveau », selon l’expression mémorable du radical anglo-américain Thomas Paine.
Les critiques des mouvements révolutionnaires se concentrent également sur cette époque. Ils soulignent le côté sombre des révolutions atlantiques : comment elles ont fini par renforcer les divisions raciales, engendrer des régimes autoritaires et catalyser la création de nouveaux empires. De nombreux critiques de droite ont attribué ces maux à la force des ruptures révolutionnaires, arguant que lorsque les révolutions détruisent les fondements idéologiques et sociaux d’une nation, la violence et l’extrémisme, et non la libération, en sont le résultat.
Mais tant les partisans que les critiques ont mal compris l’ère des révolutions et une dynamique centrale de la politique moderne. Loin d’être constitué de ruptures brutales, le changement révolutionnaire aux XVIIIe et XIXe siècles était une affaire de générations. Les transformations révolutionnaires exigeaient un apprentissage long et difficile dans la pratique de la politique de masse. C’est une cohorte de révolutionnaires plus jeunes, acculturés à la mobilité sociale par leurs premières expériences, qui ont finalement réussi à créer des mouvements de masse après 1800. Reconnaître le rythme progressif du changement politique à l’ère des révolutions devrait nous inciter à repenser nos attentes quant à ce que la révolution peut faire. fai...
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