Il y a dix ans, le journaliste Peter Pomerantsev, né à Kiev, en pleine Union soviétique, publiait un livre prémonitoire expliquant la vie quotidienne de la « nouvelle Russie ». Le titre le résume parfaitement : « Rien n’est vrai et tout est possible à l’ère de Poutine ». La nouvelle de la mort de l’opposant Alexeï Navalny lui va comme un gant. D'abord parce qu'il est impossible de savoir si l'annonce des autorités russes est vraie, puisque tout est contaminé, caché, et que même la famille et la fondation du prisonnier politique ne l'acceptent pas encore comme bonne. Deuxièmement, parce que cela montre que tout, aussi brutal et cruel soit-il, aussi inconcevable soit-il, est sans aucun doute possible.
Mais si une autre leçon peut être extraite de ce livre et d’autres bonnes analyses récentes, c’est que Poutine réagit aux modèles, aux incitations, aux dynamiques. Son interprétation du monde en février 2024, presque exactement deux ans après le début de l’invasion de l’Ukraine, est que les circonstances sont réunies pour que les enjeux et le défi soient relevés.
Et c’est pourquoi ce n’est pas un hasard si l’on annonce à l’heure actuelle la mort du principal opposant et la seule vague menace interne qui pèse sur son régime. Ce n'est pas un hasard si c'est quelques jours après avoir fermé les portes au seul candidat à moitié crédible qui pourrait lui faire de l'ombre aux élections d'un mois. C...
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