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Ukraine : plus de 700 jours de guerre
Oleksandre Syrsky devient le nouveau visage de l'armée ukrainienne. Le général a été nommé jeudi par Volodymyr Zelensky pour essayer de reprendre la main sur un front figé depuis plusieurs mois dans l'est du pays. Un choix militaire, donc, mais aussi stratégique : le président ukrainien a, par cette décision, écarté du pouvoir le très populaire général Zaloujny. Un personnage emblématique de la lutte contre Moscou, devenu une épine dans le pied de Zelensky depuis plusieurs mois. Les explications de Peer de Jong, ancien colonel de l'armée française et vice-président de l’Institut Themiis.
Comment interpréter ce changement au sommet de l'armée ? Zelensky essaie-t-il de donner un nouvel élan à un conflit qui s'embourbe ?
D'un point de vue tout d'abord militaire, Zelensky reprocherait indirectement à Zaloujny de ne pas avoir été performant. Il n'avait plus trop le choix : la contre-offensive est morte et enterrée, on n'en parle même plus. C'est également une catastrophe concernant les pertes humaines, mais aussi matérielles : une grande partie des appareils fournis l'année dernière, comme les chars allemands Leopard, ont été détruits. Il ne reste quasiment plus rien. Il faut réorganiser la partie offensive de cette armée.
L'homme politique qu'est Zelensky a besoin d'un coupable. Et, dans ce cas-là, c'est toujours le chef d'état-major. En outre, cette armée est dans une situation compliquée : le printemps arrive, les Russes sont en train de se concentrer, surtout dans le Nord. Une grande offensive n'est pas à exclure dans les semaines à venir. Et je ne suis pas sûr que l'armée de Kiev soit prête.
Zelensky a un problème : les Ukrainiens ne veulent plus aller se battrePeer de Jong
À quand remonte ce divorce entre Zelensky et Zaloujny ?
Le changement d'état-major devenait une nécessité depuis trois mois. Dans un article de The Economist, publié en octobre, Zaloujny s'est défaussé : il ne voulait pas mener la contre-offensive aussi vite, estimant qu'il n'était pas prêt. Mais Zelensky, poussé par plusieurs raisons politiciennes et internationales, a décidé de la déclencher.
Puis, en décembre, Zaloujny a réclamé 500.000 hommes à Kiev, le nombre d'hommes minimum selon lui pour tenir. Les Ukrainiens ont en effet un problème : ils sont actuellement répartis sur un front de 1000km, sans avoir l'initiative. Grâce à cette dernière, vous pouvez avancer, puis vous percez, et l'ennemi est obligé de vous contrecarrer. Puisque ce sont les Russes qui agissent, les Ukrainiens ont réparti leurs troupes le long du front. Les besoins en effectif sont énormes. Militairement parlant, Zaloujny avait besoin de ces hommes. Or Zelensky a un problème : les Ukrainiens ne veulent plus aller se battre. Ils ont compris qu'ils allaient au casse-pipe, c'est fini.
Oleksandre Syrsky nommé, faut-il s'attendre à un changement stratégique de la part de Kiev ?
Syrsky n'en a pas les moyens. Avec cette nomination, Zelensky recréé une confiance avec son chef d'état-major pour repartir sur de nouvelles bases. Mais c'est une erreur : Zaloujny était archi connu, en Ukraine et à l'international après avoir repoussé les Russes en 2022. On voit bien qu'il se positionnait pour être le futur "de Gaulle", on sent bien qu'il a des prétentions. C'est là qu'on voit que Zelensky est un vrai politique. Il a joué le coup d'après en s'en séparant. Mais pour l'instant, c'est un coup perdant. Depuis deux ans, le pays n'est pas victorieux, il n'a pas pu reconquérir le moindre mètre carré du Donbass ou de la Crimée. Et il est en difficulté. Aujourd'hui, il joue sa peau et il a besoin de rebattre les cartes avec un général à sa botte.
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Oleksandre Syrsky fera-t-il mieux sur le front ?
Il n'y aura aucune différence. Ils vont rester en position défensive. Néanmoins, ils vont essayer d'amplifier des actions là où ils sont bons. En mer Noire, avec leurs drones grâce auxquels ils ont déstabilisé la marine russe qui s'est rapatriée en mer d'Azov. En outre, ils vont développer le front aérien : on sait que Kiev commence à avoir des avions, notamment des F-16. Ils ont aussi demandé des A-10 américains, ces appareils créés durant la guerre du Vietnam, assez lents mais permettant un appui au sol en lâchant des mitrailleuses ou des missiles. C'est une "petite forteresse volante", sauf qu'elle implique des pertes énormes à cause de sa lenteur. Mais actuellement, il s'agit de la seule carte possible : la carte aérienne.
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