Toute la semaine, il n'a eu cesse de rappeler sa "détermination". Arnaud Rousseau, élu à la tête de la FNSEA depuis avril 2023, est devenu l'une des figures de proue du mouvement de contestation des agriculteurs. C'est lui, qui, dans un premier temps, a appelé à "amplifier" les actions lorsque la colère se faisait déjà ressentir depuis quelques jours, le 24 janvier. C'est aussi lui, après la première salve d'annonces du Premier ministre Gabriel Attal, a enjoint à "poursuivre la mobilisation", depuis le plateau du 20H de TF1. Une attitude digne d'un classique leader syndical ? Le parcours du quinquagénaire ne laissait pourtant pas forcément présager un tel rôle.
Certes, Arnaud Rousseau a toujours baigné dans l'univers paysan. En Seine-et-Marne, sa famille a construit une vraie dynastie agricole, avec une exploitation agricole transmise "depuis six générations" de père en fils. Mais le syndicaliste, lui, attendra un peu avant de poser les pieds derrière le bureau de l'entreprise familiale. Jeune, il suit les cours de l'European Business School, une école de commerce parisienne. Il travaille alors dans plusieurs entreprises du secteur agricole, notamment dans l'import-export. Fort de ses connaissances, il rejoint finalement son père dans ses champs franciliens en 2002.
Lorsqu'il reprend en intégralité la suite des activités, dix ans plus tard, Arnaud Rousseau s'est déjà fait une place dans le milieu de l'agro-industrie. En 2005, il devient administrateur du groupe Avril, un géant des oléagineux, c'est-à-dire de la production d'huiles, dont les marques Lesieur et Puget sont bien connues des Français. À la tête de l'entreprise, à l'époque, un certain Xavier Beulin, céréalier, comme lui. Arnaud Rousseau se rapprochera du patron, qui sera lui-même élu à la tête de la FNSEA en 2010 – un poste qu'il conservera jusqu'à son décès brutal, en 2017. Après sa disparition, l'agriculteur de Trocy-en-Multien, commune dont il est aussi maire, prend alors la relève au poste de président non exécutif d'Avril. En 2022, la firme a connu des bénéfices record de plus de 9 milliards d'euros.
En parallèle de ses activités à la ferme, où il exploite avec son épouse 700 hectares de terres, Arnaud Rousseau s'implique donc dans les affaires... et dans le syndicalisme agricole. Il prend la tête, en 2013, de la FDSEA de Seine-et-Marne. Il s'engage par ailleurs dans les instances régionales et nationales de l'organisation. Comme un double clin d'œil à Xavier Beulin, le responsable est finalement lui aussi élu à la tête de la FNSEA dix plus tard, en avril dernier. À l'époque, sa nomination est contestée par certains agriculteurs, déplorant un profil plus proche des problématiques du commerce international que de celles des petits producteurs.
Avec un céréalier à la tête de la FNSEA, "[il y a] des éleveurs qui vont se dire 'on ne sera pas défendus', sans savoir qui est Arnaud Rousseau", analysait ainsi en avril Philippe Jehan, producteur de lait et ancien président du syndicat en Mayenne, selon des propos rapportés par l'AFP. Mais pour cet ex-responsable local, le chef d'entreprise serait en réalité "tout l'inverse d'un agro-businessman". "Il a des valeurs catholiques de partage, avait-il poursuivi. C'est un gars proche des gens, quelqu'un qui ne s'emporte pas. Une force tranquille." Dès son élection, Arnaud Rousseau met au cœur de ses propositions la reconquête de "la souveraineté alimentaire" et de "la compétitivité" du secteur agricole français. Son credo ? Retrouver le "bon sens paysan".
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Ces derniers jours, le chef de file de la FNSEA a aussi rappelé en boucle la nécessité de ne pas recourir à la violence lors des blocages et des actions menées pour faire entendre le mécontentement des agriculteurs. Cet ancien officier de réserve, qui a suivi une préparation militaire durant sa jeunesse, explique aimer "les organisations structurées". En tant que soldat, il dit avoir appris "à discerner et à manager les hommes", confie-t-il dans un article des Échos, en 2017. Un esprit "carré", selon ses propres mots, qu'il s'évertue probablement à conserver dans son rôle syndical afin d'éviter tout débordeme...
[Courte citation de 8% de l'article original]