Le roman du XIXe siècle qui a réaffirmé mon sionisme

Judith Shulevitz - The Atlantic - 30/01
George Eliot a abordé la question de l'autodétermination des Juifs dans son dernier roman, « Daniel Deronda », et est parvenu à une réponse surprenante.

Je suis un sioniste qui se promène souvent sur le campus de l’Université de Columbia, ce qui, depuis le 7 octobre, me fait me sentir comme le Dr Maléfique dans un pull sale. Le chant de protestation du jour est « Min el-maiyeh lel mayieh, Falasteen Arabiya » (« De l'eau à l'eau, la Palestine sera arabe ») ; une récente pancarte exprime son soutien aux Houthis, le groupe terroriste dont la devise comprend la phrase « Mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction sur les Juifs ». Je me soumets à cela parce que j'écris à la bibliothèque de Columbia et que vous courez le malheur lorsque vous changez de routine d'écriture. Mais les slogans me touchent. Récemment, j’ai décidé de me remonter le moral avec des œuvres d’art sionistes, de préférence du type évasion. J’ai pensé à regarder Fauda en frénésie, mais les évasions insensées des grands méchants du Hamas sont trop stressantes. Mais il se trouve que je lisais déjà un roman sioniste. Il date de 1876, et j’étais vaguement conscient qu’il avait un angle sioniste, mais je n’avais pas prévu à quel point sa vision du rassemblement juif serait fulgurante. Le roman n’a rien de l’ambivalence qui cache aujourd’hui tant de discussions sur Israël, même les plus amicales.

J'appartiens à un groupe de lecture qui lit habituellement un roman par an. (Je sais.) Une année, nous avons essayé de parcourir tout Virginia Woolf, mais c'était du bourrage. Nous essayons de ne pas lire à l’avance, afin de rester, pour ainsi dire, tous sur la même longueur d’onde. Cette année, nous travaillons sur le dernier roman du romancier victorien George Eliot, Daniel Deronda. C’est son roman juif, aussi son roman à problèmes – deux romans en un qui semblent se bousculer l’un contre l’autre plutôt que de se cohérencer. L'un des demi-romans offre un portrait familier et ironiquement satirique des membres insensibles de la noblesse britannique. La seconde est une représentation affectueuse des Juifs de la classe moyenne inférieure de Londres, c’est-à-dire attachés à leur époque. Comme le dit le proverbe, un philosémite est un antisémite qui aime les Juifs. L’affection sincère d’Eliot pour le peuple élu n’exclut pas une certaine obsession pour ses instincts mercantiles ou la longueur de son nez.

Dans les années 1870, l’Angleterre victorienne n’était plus formellement antisémite ; Les Juifs pouvaient voter et occuper des fonctions. Benjamin Disraeli, né juif, mais converti plus tard à l'anglicanisme, était premier ministre. Mais les Britanniques n’aimaient tout simplement pas beaucoup les Juifs. Daniel Deronda, le héros d’Eliot, est un jeune gentleman séduisant, ouvert d’esprit et doté d’une affinité instinctive avec les opprimés. Lorsqu'il se retrouve attiré par une belle jeune fille juive, Mirah, et entreprend de rechercher sa famille en son nom, il se rend compte que ses hypothèses sur les Juifs nécessitent une certaine révision. Deronda, « comme ses voisins », écrit Eliot, « considérait le judaïsme comme une sorte de forme fossilisée excentrique ». Quant aux Juifs eux-mêmes, il les trouvait répugnants : soit ils s'habillaient trop ostensiblement, soit ils se cachaient dans les rues crasseuses. Il avait entendu parler de la meilleure sorte de Juifs, les instruits et les plus accomplis, mais il avait toujours supposé qu'ils...
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