"Entre-soi" et "omerta à tous les étages". La commission d'enquête parlementaire sur les Fédérations sportives fustige dans un rapport les "défaillances systémiques" du sport français en matière d'éthique, de gouvernance et de lutte contre les violences sexuelles. Rédigé par la députée écologiste Sabrina Sebaihi, le document de 250 pages brosse un portrait au vitriol du fonctionnement des instances, dans la droite ligne d'auditions houleuses à l'Assemblée nationale suite auxquelles le parquet de Paris avait déjà ouvert plusieurs enquêtes après des signalements sur d'éventuels "faux témoignages" de dirigeants sportifs.
Consulté par l'AFP, avant sa publication mardi 23 janvier, le rapport considère "très élevées, voire anormales" les rémunérations de certains d'entre eux, en premier lieu Amélie Oudéa-Castéra. Auditionnée le 16 novembre 2023, l'ex-directrice générale de la Fédération française de tennis de 2021 à 2022, qui se trouve actuellement dans la tourmente en tant que ministre de l'Éducation nationale et des Sports, avait indiqué avoir gagné pendant plus d'un an 500.000 euros brut sur 13 mois dont une prime d'objectif de 100.000 euros. Un montant qu'elle a "minimisé" en le jugeant comparable à celui de son prédécesseur, Jean-François Villotte, qui touchait 373.750 euros brut annuels assortis d'une prime de 37.375 euros.
Une culture du secret, du mensonge et du faux témoignageSabrina Sebaihi, députée auteure du rapport
"En février 2022, l'Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR, ndlr) avait appelé à reconsidérer le niveau de rémunération des dix principaux cadres de la Fédération française de tennis et pointé l'absence de procédures de recrutement pour ses principaux cadres", souligne Sabrina Sebaihi. La députée des Hauts-de-Seine juge le milieu sportif gangréné par la "culture du secret, du mensonge et du faux témoignage" et "pas suffisamment habitué à rendre des comptes". La parlementaire, âgée de 42 ans, réclame un "choc de contrôle, de transparence et de culture démocratique", grâce à la mise en place d'une "autorité administrative indépendante chargée de la protection de l'éthique du sport".
Dans son rapport, elle pointe aussi les "défaillances de l'État" dans ses missions de contrôle, critiquant les nouveaux contrats de délégations mis en place avec les Fédérations, "lacunaires" et "assortis d'engagements insuffisamment précis". Sabrina Sebaihi insiste également sur des "accusations graves" visant la Fédération française de kickboxing (FFKMDA) et son club d'Aulnay-sous-Bois en réclamant un "état des lieux". Dans la foulée de l'audition de Romain Molina, le ministère avait saisi la justice après avoir eu connaissance de faits susceptibles de révéler un système de chantage de nature sexuelle, dans un club de kickboxing. Des accusations contestées en bloc par la FFKMDA, qui va porter plainte contre le journaliste indépendant.
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En matière de violences sexuelles, qui secouent le monde du sport depuis les révélations en 2020 de la patineuse, Sarah Abitbol, Sabrina Sebaihi dénonce un "long silence", "long déni" et une "longue inertie" du sport français. Elle considère notamment que la plateforme Signal-Sports, lancée par le ministère en 2020, est "invisibilisée", "sous-dimensionnée" et "très largement méconnue". En décembre 2023, l'ex-ministre des Sports, Marie-George Buffet, avait déjà réclamé, dans un rapport, une "autorité indépendante" pour prévenir et traiter les violences sexistes et sexuelles dans le sport, une proposition avec laquelle sa successeure, Amélie Oudéa-Castéra, s'était dite en désaccord, privilégiant la cellule actuelle.
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