À la recherche des cristaux du massif du Mont-Blanc avec Jean-Frank Charlet

GEO - 21/01
À Chamonix, capitale mondiale de la minéralogie, ils sont une cinquantaine à pratiquer l’activité risquée de cristallier. Nos reporters ont suivi l’un...

Dans la face de granite, une fente d’où dépasse à la perpendiculaire une paire de mollets. À 3 500 mètres d’altitude, avec en toile de fond le mont Maudit et le mont Blanc du Tacul, le reste du corps du propriétaire desdits mollets a disparu, à force de contorsions, dans une anfractuosité plus ou moins horizontale de 30 centimètres de haut sur deux mètres de large : un «four». C’est ainsi que l’on appelle le genre de grotte étroite dans laquelle s’est inséré notre homme, Jean-Franck Charlet, guide de haute montagne de la prestigieuse Compagnie­ des guides de Chamonix. Il gratte de son piolet les parois de sa minuscule caverne d’Ali Baba pour en extraire les cristaux de quartz fumé qui la tapissent. À 69 ans, dont 56 de cueillette de cristaux dans le massif du Mont-Blanc, Jean-Franck est une légende parmi les cristalliers.

La suite sous cette publicité
Publicité
Publicité

⋙ Rencontre avec Christophe Péray, chasseur de cristaux dans le massif du Mont Blanc

Des minéraux translucides vendus très cher

EN IMAGES A Chamonix, envol dans le massif du Mont Blanc

VOIR LE DIAPORAMA

Chaque saison entre le 15 juillet et le 15 septembre, dans la vallée de Chamonix, une cinquantaine de ses semblables ­parcourent le massif à la recherche de ces «fours», pour trouver les plus beaux cristaux, les détacher de leur paroi, les rapporter sur le dos à la ville et les y vendre, le tout selon un strict code d’honneur. Ce métier passion se transmet à Chamonix de génération en génération depuis au moins trois cents ans. Les traditions perdurent, même si l’activité se transforme, au gré d’une ­réglementation plus stricte, du réchauffement climatique qui certes, libère de nouveaux sites de «cueillette» mais rend aussi certaines voies d’accès plus dangereuses, et d’un engouement du public croissant pour les supposées vertus curatrices des cristaux. Ces minéraux translucides aux couleurs rose, violette, verte, bleue, ou de toutes les nuances de fumée, aux formes géométriques aiguës et tranchantes, fascinent. Qu’ils soient taillés et polis pour confectionner de luxueux bijoux, ou recherchés tels quels par des collectionneurs, ils se vendent, ­parfois très cher, à des ­amateurs passionnés.

La suite sous cette publicité
Publicité

Le quartz fumé, tel celui qu’a découvert aujourd’hui Jean-Franck, a contribué à faire du massif du Mont-Blanc, et de la vallée de Chamonix­ en particulier, l’une des Mecques de la minéralogie, au même titre que la vallée de la Hunza au Pakistan ou que le sud-est du ­Brésil. C’est aussi le cas de la fluorine rose, un minéral fait de fluor et de calcium, qu’on ne trouve que dans le massif du Mont-Blanc et en Suisse centrale. Un «or rose», comme le nomme notre Chamoniard dans son ouvrage (Cristallier, la fièvre de l’or rose, éd. Paulsen, 2022), dont la quête ne date pas d’hier. «On a les premières preuves de l’existence des cristalliers au début du XVIIe siècle, précise-t-il. Dès cette époque, le ­cristal a été recherché, taillé pour en faire des lustres et des vases, alors en vogue dans les cours européennes.» Au XVIIIe siècle, les chercheurs de cristaux devinrent les premiers guides, les seuls, avec les chasseurs de chamois, à s’aventurer dans les montagnes. L’un d’eux, Jacques Balmat, fut le premier au sommet du mont Blanc le 8 août 1786, avec le docteur Michel Gabriel Paccard.

La suite sous cette publici...
[Courte citation de 8% de l'article original]
Loading...