Équateur : prise d'otage à la télé, mutinerie, guerre des gangs... les clefs pour comprendre une crise sécuritaire sans précédent

LCI - 10/01
[VIDÉO] - L'Équateur a sombré, selon son président, dans un "conflit armé interne" avec les gangs de narcotrafiquants.Depuis dimanche, l'ennemi public N°1 est en fuite.Des scènes de chaos ont été observées dans plusieurs localités.TF1info vous explique comment ce petit pays a basculé dans la crise.

L'Équateur a sombré, selon son président, dans un "conflit armé interne" avec les gangs de narcotrafiquants.
Depuis dimanche, l'ennemi public N°1 est en fuite.
Des scènes de chaos ont été observées dans plusieurs localités.
TF1info vous explique comment ce petit pays a basculé dans la crise.

Des policiers enlevés, des hommes armés qui s'invitent sur un plateau TV en direct, le chef du principal gang criminel qui s'évade… L'Équateur s'enfonce au fil des jours dans une crise sécuritaire imprévisible. 

Après avoir décrété l'état d'urgence lundi, le président Daniel Noboa a reconnu que son pays était plongé dans un "conflit armé interne", demandant le soutien de l'armée. Comment cet état andin, souvent présenté comme un havre de paix, a-t-il basculé dans une spirale de violence ? Explications. 

L'essor du narcotrafic

L'Équateur, l'un des plus petits États d'Amérique du Sud avec une superficie de 256.370 km², est aujourd'hui "victime" de son emplacement. Il est en effet situé entre la Colombie et le Pérou, les deux plus grands producteurs au monde de cocaïne. Au fil des ans, ses ports sont devenus une plaque tournante du trafic, permettant d'alimenter l'Europe et les États-Unis.

Épicentre du phénomène : la ville portuaire de Guayaquil, surnommée "Guayakill" en raison des exécutions sommaires et autres assassinats qui y ont lieu presque quotidiennement, les gangs se disputant le marché de la drogue. L'agglomération de 3,2 millions d'habitants, à l'embouchure du fleuve Guayas affichait en juin 2023 un taux d'homicide de 40,8 pour 100.000 habitants, avec 1425 assassinats recensés entre janvier et juillet 2023, dont celui d'un candidat à la présidentielle. Quasiment le double par rapport à la même période en 2022.

Des gangs de plus en plus nombreux

Devant la manne financière que représente le trafic de drogue, de nombreux gangs ont essaimé. À Duran, ville jumelle de Guayaquil sur l'autre rive du Guayas, les protagonistes de cette guerre sont par exemple deux bandes rivales, "Latin Kings" contre "Chone killers". Les "Chone killers" se disent les "sicarios" (tueurs à gages) des "Choneros", plus grand gang criminel du pays. À l'échelle de tout Guayaquil, ce sont les "Aguilas" (aigles), "Lagartos" (caïmans) et "Tiguerones" (tigres) qui s'affrontent.

Les mineurs, victimes collatérales

Les gangs n'hésitent pas à enrôler les plus jeunes, qui sont de plus en plus nombreux à tomber sous les balles. Quelque "455 mineurs ont été assassinés rien qu'entre janvier et septembre 2023", selon les autorités, pointant "une situation particulièrement grave notamment dans la province de Guayas". Selon le rapport semestriel de l'Observatoire équatorien du crime organisé, entre janvier 2019 et juin 2022, les homicides de jeunes âgés de 15 à 19 ans ont augmenté de 500% dans le pays, en proie au trafic de drogue et aux gangs criminels.

Les prisons, nouveau théâtre de la guerre des gangs

Les prisons sont le théâtre de massacres récurrents entre bandes rivales. Depuis février 2021, il y a eu au moins une douzaine de massacres qui ont fait plus de 460 morts parmi les détenus. Pour contrôler les détenus les plus dangereux, le gouvernement a proposé la construction d'au moins six prisons de sécurité. Il n'a pas eu le temps de mener son projet à bien : Adolfo Macias dit "Fito", chef du principal gang criminel du pays, est parvenu dimanche à s'échapper de sa prison à Guayaquil. 

L'évasion de "Fito", point de bascule

Depuis l'évasion de "Fito", considéré à la tête d'un gang de 8000 hommes, l'Équateur a basculé dans une crise sans précédent : plusieurs mutineries et prises en otage de gardiens ont touché diverses prisons. Dans un communiqué, l'administration pénitentiaire (SNAI) a fait état de 139 membres de son personnel toujours retenus en otage dans cinq prisons du pays. Elle n'a pas commenté des vidéos d'exécution qui circulaient sur Internet.

Mardi après-midi, des hommes armés ont fait irruption sur le plateau d'une télévision publique, prenant brièvement en otage des journalistes et employés de la chaîne. 

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Plus largement, la panique semble s'emparer d'une partie du pays : attaques au cocktail Molotov, voitures incendiées, tirs au hasard sur des policiers, scènes de panique... Le ministère de l'Éducation a ordonné mardi soir la fermeture jusqu'à vendredi de toutes les écoles du pays.

Thomas GUIEN

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