« La bombe atomique européenne constituerait une étape décisive vers notre propre puissance de dissuasion »

MSN - 31/12
Herfried Münkler pense géostratégiquement et appelle l’Europe à se préparer au détournement des Américains. Le politologue explique pourquoi les partenaires de l’UE seront encore offensés par le « tournant » allemand. Il estime que le désir de nombreux Européens d'un monde sans armes nucléaires est illusoire.

Herfried Münkler pense géostratégiquement et appelle l’Europe à se préparer au détournement des Américains. Le politologue explique pourquoi les partenaires de l’UE seront encore offensés par le « tournant » allemand. Il estime que le désir de nombreux Européens d'un monde sans armes nucléaires est illusoire.

WELT AM SONNTAG : Monsieur Münkler, le réveillon du Nouvel An approche. Qui est le plus susceptible de faire sauter les bouchons de champagne : Joe Biden, Volodmyr Zelensky ou Vladimir Poutine ?

Herfried Münkler : En termes de perception de soi, probablement Poutine. Au cours des dernières semaines notamment, il a clairement indiqué que la Russie prenait progressivement le dessus dans la guerre d’usure contre l’Ukraine. Zelensky se trouve dans une situation difficile : après l’échec de l’offensive été-automne, il est également sous pression au niveau national.

Et Joe Biden a tout simplement trop de chantiers sur lesquels il ne sait pas exactement comment procéder. Le fait que quelqu’un comme Donald Trump ait encore de sérieuses chances de remporter les élections est une particularité qui fera réfléchir Biden. Bref, le soir du Nouvel An, Poutine est celui qui est le plus susceptible de se frotter le ventre avec satisfaction.

WELT AM SONNTAG : N'était-il pas clair dès le départ : d'un côté, une superpuissance militaire comme la Russie ne peut pas être vaincue par un État comme l'Ukraine ; d’un autre côté, un immense empire comme la Russie ne sera-t-il pas mis à genoux par les sanctions ?

Münkler : Beaucoup en Occident ont fait une erreur de calcul en pensant que la puissance militaire pouvait être remplacée par la puissance économique. En outre, les sanctions économiques nuisent au moins autant à celui qui sanctionne qu’à la personne sanctionnée. En ce qui concerne l’offensive ukrainienne, il faut l’admettre sobrement : une grande partie des armes et des munitions promises par l’Occident sont arrivées bien trop tard ou ne sont toujours pas sur place à ce jour.

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