Le Père Noël est une ordure : les coulisses dingues d’une comédie culte

Première - 18/10
On vous raconte la fabrication complètement dingue de la comédie culte du Splendid.

Tradition oblige, Le Père Noël est une ordure revient ce soir à la télé (sur France 2). Retour sur la genèse d’un film qui a rebattu les cartes de la grande comédie populaire.

Article publié à l'origine dans Première Classics numéro 10, daté janvier-mars 2020. Texte de Christophe Narbonne et Sophie Benamon.

Après avoir cartonné pendant des décennies en vidéo-club et à la télévision, Le père Noël est une ordure est arrivé sur Netflix le 29 novembre dernier. Un évènement, car c'est la première fois que la comédie culte de Jean-Marie Poiré est disponible sur une plateforme de streaming. Et elle s'est aussitôt retrouvée propulsée en tête des films les plus regardés sur Netflix. 

Moins d'un mois plus tard, lavoici reprogrammée sur France 2 en ce soir de Noël, évidemment. Elle sera suivie d'un magazine sur le Splendid. Alors ne boudons pas notre plaisir et replongeons dans ses coulisses...

C'est un film qui se mange, se chante et se touche. Le père Noël est une ordure a, en effet, son livre de recettes, son concert karaoké et ses statues de cire au Musée Grévin. Un véritable cas d’espèce. De l’humour bête et méchant passé dans la culture populaire, érigé au rang d’art à telle enseigne qu’on cite aujourd’hui Zézette, Pierre ou Thérèse comme on citerait Harpagon, Cyrano ou Phèdre. "C’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim", "Hop, à Créteil !", "C’est une catastrophe, Thérèse", "Ça dépend, ça dépasse", "Je ne vous jette pas la pierre, Pierre"…

Inversement proportionnel à son accueil critique et public mitigé lors de sa sortie en salles en 1982, l’héritage du Père Noël est une ordure est immense. Son trait violemment parodique, ses personnages caricaturaux et jusqu’au-boutistes ont notamment relégué le comique-troupier de papa aux oubliettes (celui des comédies de Robert Lamoureux ou des Charlots) ; leurs provocations, établi de nouveaux standards. Les Inconnus et Les Nuls leur doivent beaucoup (ainsi qu’à Coluche, le grand frère), le fameux esprit Canal aussi. Nous sommes en définitive tous des enfants de la "Génération Père Noël" - titre d’un ouvrage d’Alexandre Grenier qui fait référence. Mais l’histoire de ce film est avant tout celle d’un pied de nez à la bien-pensance et au bon goût dont la genèse et l’accueil furent bien plus compliqués et nuancés que ne le laisse supposer sa légende. 

Des coquillages aux huîtres

Le tournage des Bronzés, au printemps 1978, fut une parenthèse enchantée aux airs de vacances durant laquelle la petite bande se baignait entre les prises et travaillait dans un chahut sympathique encouragé par le copain Patrice Leconte. L’atterrissage sera d’autant plus rude. En cette fin d’avril 1978, la grisaille parisienne les a saisis en rentrant de Côte d’Ivoire. Amours, Coquillages et crustacés (la pièce qui donna naissance aux Bronzés) est en bout de course. L’envie d’écrire une nouvelle pièce les tenaille.

Si tous les membres du Splendid ont des projets au cinéma et acceptent les petits rôles qui se présentent, leur vie est au théâtre, dans leur théâtre. "On était très contents de faire du cinéma, racontait Thierry Lhermitte à Mara Villiers et Gilles Gressard, mais ce n’était pas l’essentiel. Notre vrai boulot, c’était tous les soirs au Splendid. On ne pensait pas à une carrière cinématographique individuelle. Sur scène, on faisait un truc unique ensemble, on se défonçait pour être bons. On était responsable à 100% et, surtout, on était chez nous !"

Construit de leurs mains, le Splendid rue des Lombards est leur maison. C’est eux qui ont transformé cette ancienne mûrisserie de bananes en café-théâtre où le tout-Paris s’est pressé pendant un an pour les voir. Ils rêvent d’ouvrir une troisième voie, comme Coluche chez qui ils dînent et refont le monde, rue Gazan. Les voilà, face à la feuille blanche, tous les sept avec une seule envie : faire plus noir que le solaire Bronzés. Les séances de travail redémarrent, chez les uns ou chez les autres, toujours l’après-midi, à la fois bordéliques et fastidieuses. Les mêmes arrivent systématiquement en retard. 

"Nous ne participions pas tous avec la même intensité à l’écriture", expliquait Lhermitte, lors d’un séminaire à l’Ecole de Paris du management en février 2009, "mais par principe chaque voix était prise en compte. Nous devions accepter les critiques de celui qui s’était contenté de lire le journal pendant une séance de travail et qui apportait finalement la réplique qui faisait mouche. Cela faisait partie intégrante de la dynamique du groupe et, contre toute attente, cela nous faisait progresser." L’ambiance est donc parfois un peu tendue ; les conflits propres à l’écriture collective ne manquent pas de surgir.

Au bout de huit jours, Michel Blanc leur annonce qu’il ne va pas continuer avec eux. Il est de la bande celui qui a le caractère le moins souple, et donc le moins compatible avec leur mode de fonctionnement démocratique. "L’aventure avait été formidable pendant sept années ensemble, sans compter le lycée", explique le comédien dans sa biographie signée Alexandre Raveleau. "Je pensais que je ne trouverais plus mon équilibre dans le groupe. Tout ce que nous pouvions obtenir, ce n’était que du conflit. Je me suis rendu compte que l’écriture du Père Noël… allait être une lutte pour imposer ses idées." Blanc veut quitter la famille pour voler de ses propres ailes. Il trouve en Patrice Leconte un alter-ego parfait et planche avec lui sur Douche écossaise, un projet de film entre la France et l’Angleterre.

Le père Noël est une ordure
DR

Les voilà à six. L’un d’entre eux suggère d’appeler SOS Amitié. Est-ce parce que la cohésion du groupe commence à se fissurer ? Ou est-ce seulement parce que les publicités sur le premier service d’écoute téléphonique destiné aux dépressifs, créé en 1960 par le Pasteur Jean Casalis et son épouse, fleurissent dans le métro ? Toujours est-il que l’idée est mise en pratique par les amateurs de blagues de la troupe. L’appel à SOS dépasse leurs espérances et les conforte dans leur idée naissante.

Le hasard fait que certains d’entre eux connaissent des bénévoles de l’association qu’ils interrogent sur le fonctionnement des soirs de permanence. On leur explique par exemple qu’il est interdit de recevoir des gens ou de donner des rendez-vou...
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