L'assassinat d'Evgueni Prigojine téléguidé depuis le Kremlin ? C'est ce qu'affirme le Wall Street Journal. Le quotidien américain a publié ce vendredi une enquête dévoilant la responsabilité du pouvoir russe dans la mort du patron de Wagner. Ou plus exactement, celle de Nikolaï Patrouchev. Secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, cet homme de 72 ans fait partie, depuis des années, du premier cercle de Vladimir Poutine. C'est lui qui aurait donné l'ordre à son assistant de préparer une mission pour se débarrasser de Prigojine, selon un ancien officier russe cité par le WSJ.
Mis au courant de ce plan, Poutine aurait laissé ses services passer à l'action le 23 aout. Ce jour-là, Prigojine est à l'aéroport de Moscou, attendant les dernières vérifications sur l'avion qu'il s'apprête à prendre avec son état-major, direction Saint-Pétersbourg. Peu avant 17h, une petite bombe est placée sous une aile de l'appareil, selon le renseignement américain. Elle explosera en plein vol quelques dizaines de minutes plus tard.
Si l'attentat a été orchestré par les services de Patrouchev, c'est notamment en raison l'aversion de cet homme de 72 ans envers le patron de la milice Wagner. "Patrouchev avait prévenu Poutine depuis longtemps que la dépendance de Moscou à l'égard de Wagner en Ukraine donnait à Prigojine un poids politique et militaire trop important qui menaçait de plus en plus le Kremlin", explique le WSJ. Les avertissements Patrouchev ont débuté à l'été 2022, mais il faudra attendre la rébellion des hommes de Wagner pour que le président russe change d'avis.
"Lorsque cela s'est transformé en une véritable mutinerie, Patrouchev est intervenu pour conjurer le plus grand défi jamais lancé au règne de Poutine depuis plus de deux décennies", écrit le quotidien américain. "Il a également vu une opportunité d'éliminer Prigojine." Interrogé sur ces nouveaux éléments, le Kremlin a (re)nié toute implication dans la mort d'Evgueni Prigojine.
Il participe de très près à la mise en œuvre de la politique de Poutine et coordonne l'action des services de sécuritéJean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie, directeur de recherche à l'Iris
La proximité entre Patrouchev et Poutine, elle, ne fait aucun doute pour autant. Les deux hommes, nés à Leningrad à 15 mois d'écart, ont gravi en parallèle les échelons du pouvoir, en particulier au sein du KGB qu'ils ont intégré au même moment. Lors de son accession au pouvoir en 1999, Vladimir Poutine lui cède sa place à la direction du FSB. Puis, en 2008, en tant que secrétaire du Conseil de sécurité.
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Un poste stratégique, selon Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l'Iris. "Il participe de très près à la mise en œuvre de la politique de Poutine et coordonne l'action des services de sécurité", relève l'ancien diplomate sur LCI. "Évidemment que Vladimir Poutine était dans la boucle et qu'il a donné son assentiment. Ne serait-ce que par son silence au moment où on lui a proposé l'opération", note pour sa part le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire auprès de l'ONU.
Celui qui murmure à l'oreille de Poutine pourrait-il prendre l'ascendant sur lui ? Pour Aglaé Achechova, spécialiste de la Russie, l'hypothèse n'est pas à exclure : "Si ses proches estiment qu'il n'est plus assez virulent, conservateur, qu'est-ce qui les empêche de faire un coup d'État ?"
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