Crise profonde ou passagère ? Si Élisabeth Borne dément toute crise au sein de la majorité, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, reconnaît ce mercredi 20 décembre au matin que le camp présidentiel traverse un "moment plutôt douloureux". Mardi soir, un quart des députés du groupe Renaissance n'ont pas voté en faveur du projet de loi immigration issu de la commission mixte paritaire, protestant contre son durcissement et le soutien du Rassemblement national.
Au total, sur les 170 membres du groupe Renaissance, 131 ont voté pour, 20 contre et 17 se sont abstenus. Si l'on ajoute à cela les 5 députés MoDem qui ont voté contre et les 15 qui se sont abstenus, ainsi que les 2 parlementaires Horizons qui ont voté contre, 59 députés issus de la majorité présidentielle n'ont pas apporté leur soutien au projet de loi immigration. Des chiffres conséquents, jamais atteints sur un texte gouvernemental.
La majorité des députés qui ont voté contre le texte sont des représentants de l'aile gauche de la macronie, la plupart issus du Parti socialiste. À commencer par le président de la commission des Lois et président de la commission mixte paritaire, Sacha Houlié. "D'autres, comme moi, peuvent avoir ce sentiment de gueule de bois ce matin", a-t-il déclaré sur RTL. Il a été imité par l'ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Travert, l'ex-chef des députés LaREM Gilles Le Gendre et les députés Eric Bothorel, Stella Dupont, Cécile Rilhac ou Nadia Hai, connus pour leurs positions parfois divergentes, cette dernière ayant dénoncé dès la semaine dernière un texte offert "sur un plateau d’argent" au Rassemblement national. Du côté de ceux qui se sont abstenus, on retrouve Eric Alauzet, Stéphane Mazars ou Joël Giraud, anciens membres des Verts ou du Parti radical de gauche.
Côté MoDem, les leaders du parti centriste, comme Jean-Louis Bourlanges et le président du groupe Jean-Paul Mattei, ont préféré s'abstenir. Tout comme la vice-présidente de l'Assemblée nationale et membre de la CMP sur le projet de loi immigration, Élodie Jacquier-Laforge.
Depuis le résultat de ces votes, les députés ayant voté contre sont particulièrement scrutés par la gauche, la Nupes les appelant à rompre définitivement avec Emmanuel Macron pour venir grossir leurs rangs. "Je peux d'ores et déjà vous dire que nous appelons à un rassemblement qui dépasse les quatre partis qui ont formé la Nupes", a confié l'entourage du chef du Parti communiste, Fabien Roussel, au Figaro, visant l'aile gauche de la majorité. Cette proposition de "vaste rassemblement" s'adresse aussi aux députés du groupe Liot, qui ont été 8 à voter contre et 5 à s'abstenir (pour 8 votes pour).
Sur Public Sénat, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, à appeler les frondeurs de la majorité à "aller jusqu'au bout de leur conviction". "Ils doivent rompre avec un pouvoir qui est un pouvoir qui a fait le choix d'un texte raciste et xénophobe. Ça, c'est effectivement quelque chose que j'entendrais et que je comprendrais, ce serait un acte puissant, fort, fondateur qui les qualifierait pour retrouver le reste de la gauche. Mais si c'est simplement pour faire un pas de côté et dire 'je suis toujours avec le président' (…) ça ne sert à rien", a-t-il ajouté.
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La fronde d'une partie de la majorité touche aussi le gouvernement, puisque plusieurs ministres menacent de démissionner depuis mardi soir. Le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, a même confirmé qu'il le ferait, même si sa démission n'a toujours pas été acceptée par le président de la République.
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