La nuit a été houleuse. Difficile de prédire comment vont se dérouler les débats d'une commission mixte paritaire (CMP), mais ceux entamés lundi soir à propos du projet de loi immigration ont pris une tournure inattendue. Les 14 parlementaires et leurs suppléants, réunis en fin d'après-midi à l'Assemblée nationale pour trouver un compromis sur le texte de loi, ont vécu des heures agitées depuis ce lundi 17 heures. Et rien n'assure que les prochaines seront plus calmes, même si à cette heure les travaux en CMP ont repris.
Avant la réunion de la CMP, droite et majorité étaient pourtant confiantes sur leur faculté à trouver un compromis. Après tout, les leaders LR et l'exécutif discutaient depuis une semaine du texte, chacun fixant ses lignes rouges et concédant à céder du terrain sur certains points. Mais à peine entamée, la CMP était suspendue à la demande des LR, insatisfaits d'un détail précis d'un article sur les aides sociales attribuées aux étrangers. La droite souhaite conditionner à cinq ans de présence sur le territoire le versement des aides personnalisées au logement (APL) aux étrangers (30 mois pour ceux qui travaillent), une ligne rouge pour la majorité qui souhaitait exclure cette prestation sociale du dispositif.
Résultat : "On est en réunion depuis 17 heures et on n'a pas examiné une ligne", grinçait le sénateur socialiste Patrick Kanner à l'heure du dîner depuis la salle des Quatre-Colonnes du palais Bourbon, alors que LR avait demandé une suspension de séance jusqu'à 21 heures.
Entre 17h et 21h, les conciliabules s'enchaînent. Le président des Républicains Eric Ciotti multiplie les coups de fil pendant que ses parlementaires se réunissent dans une salle pour négocier. Les membres Renaissance de la CMP sont invités à dîner à Matignon, où la Première ministre Elisabeth Borne leur distribue les dernières consignes de l'exécutif. Peu décisifs dans ces débats et ces négociations, les socialistes organisent un dîner "pizzas". Avec leurs collègues de gauche - et le Rassemblement national - ils hurlent aux discussions "parallèles", en "catimini", dénoncent un "mépris du Parlement".
Des médias affirment que le président de la République se mêle des négociations, téléphonant à sa cheffe de gouvernement et au patron des sénateurs LR Bruno Retailleau pour les enjoindre de trouver un accord. Ce que ce dernier dément ce mardi matin.
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"Jamais je n'ai vécu de psychodrame de cet ordre", constate la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gontrie, membre de la CMP. "On est chez les dingues", résume un autre parlementaire.
Après 21 heures, tout le monde est de retour à l'Assemblée, et après un tour de table l'examen des articles de fond reprend à 21h45. Selon les membres de la CMP, les concessions à la droite sénatoriale s'enchaînent en commission. "Sacha [Houlié, le président Renaissance de la commission des Lois et représentant de l'aide gauche de la majorité, ndlr], il est pas bien, je l'ai rarement vu comme ça", assure un élu proche du député de la Vienne.
A minuit la séance est suspendue une nouvelle fois ; il est annoncé qu'elle ne reprendra que ce lundi à 10h30 en raison d'un désaccord persistant sur les APL. Ce mardi midi, ce dernier pourrait enfin être levé puisqu'Elisabeth Borne a soumis à Renaissance un accord majorité-LR sur les aides au logement des étrangers, ont indiqué des sources parlementaires. Sauf si le parti présidentiel estime qu'il enfreint une ligne rouge....
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