ÉDITO – COP28 : "sortie", "transition"... un petit mot qui change et tout est pardonné

LCI - 13/12
[VIDÉO] - L'accord obtenu à Dubaï mentionne pour la première fois dans les négociations climat toutes les énergies fossiles et c'est en cela qu'il peut être qualifié d'historique. Le terme choisi - "une transition" hors des énergies fossiles - permet à tous les États de repartir de l'émirat la tête haute. La bonne nouvelle est que le multilatéralisme n'est pas mort ; la mauvaise nouvelle est que le climat se réchauffe plus vite que l'action des États.

L'accord obtenu à Dubaï mentionne pour la première fois dans les négociations climat toutes les énergies fossiles et c'est en cela qu'il peut être qualifié d'historique.
Le terme choisi - "une transition" hors des énergies fossiles - permet à tous les États de repartir de l'émirat la tête haute.
La bonne nouvelle est que le multilatéralisme n'est pas mort ; la mauvaise nouvelle est que le climat se réchauffe plus vite que l'action des États.

Si la COP28 était une image, elle serait les deux pouces en l'air de l'émissaire chinois pour le climat, Xie Zhenhua, au moment d'entrer dans la salle mercredi pour adopter formellement l'accord obtenu dans la nuit. Car cette photo dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas : ce texte permet à chacun de rentrer chez soi la tête haute. Et tant pis si le vocabulaire est flou. 

À Dubaï, la diplomatie a gagné. Le climat, moins. Obtenir un accord par consensus à 195 parties (194 États et l'Union européenne), dans un monde fractionné par les guerres en Ukraine et au Proche-Orient, les crises économique et énergétique, les nombreuses instabilités régionales, est assurément un succès. Et si l'environnement renouait les liens défaits par les sujets sécuritaires ? On a envie d'y croire.

Des blocages dépassés

La face visible du multilatéralisme n'est pas morte : la Chine, portée par la réduction annoncée de ses émissions de gaz à effet de serre dès l'an prochain grâce aux énergies renouvelables, s'est montrée volontariste dans les négociations ; l'Inde n'a rien dit ou presque sur le charbon ; et même les pays pétroliers ont fini par lâcher, un peu. 

Les Émirats arabes unis, eux, ont réussi leur pari d'apparaître comme une puissance capable de mener des négociations sur la scène internationale ; et Sultan al-Jaber comme une passerelle entre le monde des énergies fossiles et celui des énergies renouvelables.

Enfin, l'extrême tension Nord-Sud rencontrée lors de la COP27 en Égypte a été dépassée d'entrée de jeu avec l'annonce d'un accord sur le fonds "pertes et préjudices" pour les pays en développement confrontés aux conséquences du changement climatique.

Seule réserve : le peu de cas fait aux petits pays insulaires, dont la représentante, aux critiques très claires sur le teste, n'était pas dans la salle au moment du coup de maillet donné par al-Jaber.  Comme en 2015, à Paris, quand Laurent Fabius avait fait résonner son marteau vert malgré l'opposition du Nicaragua.

Pour les Etats, toutes les options sont ouvertes

Historique, cet accord l'est surtout si l'on regarde d'où l'on vient. En 28 COP, celle de Dubaï est la première à évoquer le sort de toutes les énergies fossiles. Celle de Glasgow, en Écosse, mentionnait une réduction du seul charbon. De fait, avant le début de la COP28, si beaucoup d'observateurs espéraient une référence aux fossiles, très peu croyaient à sa matérialisation. Faut-il aussi rappeler, quelques années en arrière seulement, la sortie des États-Unis de l'Accord de Paris ; ou plus proche de nous, la lettre de l'Opep la semaine dernière appelant ses membres à rejeter "toute formulation qui cible les combustibles fossiles". On l'a échappé belle, aurait-on envie d'ajouter. 

Le texte appelle à opérer "une transition hors des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques, d'une manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l'action dans cette décennie cruciale, afin d'atteindre la neutralité carbone en 2050 conformément aux préconisations scientifiques." 

L'accord à peine divulgué, les traductions possibles du terme anglais "transitionning away" - pour la France, par exemple, il s'agit bien d'une "sortie" des énergies fossiles - sont venues confirmer l'idée selon laquelle chacun s'en saisira comme il l'entend. 

C'est d'ailleurs écrit dans le texte : chaque État devra faire "des efforts" pour y parvenir de façon "juste, ordonnée et équitable". En somme, à son rythme et selon sa dépendance au pétrole, au charbon et au gaz. Avec plusieurs options dans leur manche :  le gaz comme énergie de transition, le recours aux technologies de captage et de stockage de carbone, l'hydrogène bas-carbone, le nucléaire, les énergies renouvelables.

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Alors, verre à moitié plein ou à moitié vide ? Tout dépendra, finalement, de ce que les États feront concrètement de ce texte à l'heure de s'engager, en 2025, sur de nouveaux objectifs, chiffrés cette fois-ci, de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Cette COP28 leur donnera-t-elle l'élan nécessaire ? L'avenir le dira. Rappelons toutefois aux sceptiques que sans les efforts entrepris par les États depuis la COP21, le monde serait sur un scénario de réchauffement d'un degré supplémentaire. 

Mais à l'heure de l'urgence climatique, le temps des États - et de...
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