Solution miracle ou mirage technologique ? Alors que les négociations pour aboutir à un accord à la COP28 entrent dans leur dernière ligne droite, les débats sont vifs aux Émirats arabes unis. Au cœur des discussions : la fin (ou non) du charbon, du gaz et du pétrole. Un domaine dans lequel deux grands camps s'affrontent : l'Union européenne, la Grande-Bretagne, de nombreux pays en développement et petits pays insulaires qui appellent à une sortie rapide de ces énergies fossiles, et les grands pays pétroliers et gaziers - Émirats arabes unis et Arabie saoudite en tête - qui mettent l'accent sur la réduction des émissions sans abandonner les fossiles qui les génèrent.
Et pour continuer à produire de l'énergie à partir du charbon, du gaz ou du pétrole, ces acteurs défendent une technologie controversée : le "Carbone Capture and Storage" (CCS). Une méthode qui consiste à capter le CO2 à la sortie des sites industriels les plus émetteurs pour éviter que le gaz à effet de serre ne se répande dans l'atmosphère. Une technologie à ne pas confondre avec le captage direct du carbone dans l'air (DAC, en anglais) pour ensuite l'éliminer. TF1info fait le point.
La capture et le stockage du carbone s'effectue à la sortie des usines (centrales électriques, cimenteries, hauts fournaux, etc.) Sur ces sites, le CO2 émis par la combustion des énergies fossiles ou les procédés industriels est directement capté avant qu'il ne rentre dans l'atmosphère. Il existe trois techniques de captage : la "post-combustion" qui consiste à capturer le carbone dans les fumées issues de la combustion, la "pré-combustion" qui consiste à le retirer des combustibles avant leur combustion et "l'oxycombustion" – la moins développée – qui se déroule durant la phase de combustion. Cette dernière technique permet d'obtenir une fumée très concentrée, rendant la capture du CO2 plus facile.
Par la suite, le carbone capté est réinjecté dans des réservoirs géologiques hermétiques – par exemple d'anciens sites d'extraction de pétrole où les forages ne sont plus en activité – pour y être stocké définitivement.
AIELe CCS est souvent confondu avec le captage direct de carbone dans l'air. Cette dernière technologie ne consiste pas à limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais bien à retirer le CO2 déjà présent dans l'atmosphère, via des usines complexes.
Les dispositifs de CCS sont connus et développés depuis les années 1970, mais ont peiné à se développer en raison notamment de leurs coûts importants. Ils ont connu une véritable accélération ces dernières années, et particulièrement avec la promotion qu'en a fait le président de la COP28, Sultan Al-Jaber, fervent défenseur de ces technologies. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), à la fin de l'année 2022, 35 entreprises commerciales dans le monde appliquaient cette technologie, captant un total de 45 millions de tonnes (Mt) de CO2.
"Pour l'industrie et les pays également, il est impossible d'atteindre l'objectif de zéro émission nette d'ici 2050" sans l'adoption de ces technologies, avait d'ailleurs affirmé à l'AFP, en mai dernier, le responsable des programmes de décarbonation d'ADNOC, la principale compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis, Musabbeh Al Kaabi. Un constat partagé par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (le Giec) et l'AIE qui considèrent désormais ces mesures d'élimination du CO2 comme un outil nécessaire dans la lutte contre le changement climatique.
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Enfin, si le CCS a un coût, son développement devrait booster les projets. De récentes lois aux États-Unis et au Canada misent sur les crédits d’impôts pour inciter les entreprises à investir, tandis que Corée du Sud et Chine investissent massivement. Une usine visant à capter 500.000 tonnes de carbone par an vient d'ouvrir dans la province chinoise de Jiangsu. L'Europe n'est pas en reste, avec un véritable "cimetière de CO2" qui se développe en mer du Nord alors que la France, dans la planification écologique présentée par Emmanuel Macron cette année, souhaite développer des sites de captage de CO2 sur son territoire.
Problème, ces projets sont insuffisants. Déjà, parce que développer des sites de stockage prend du temps : environ 10 ans, alors que pour atteindre l'objectif de zéro émission nette de carbone d'ici 2050, le CCS devra détourner 1,3 milliard de tonnes de CO2 par an d'ici 2030, soit 30 fois plus qu'en 2022, et 7,6 milliards d'ici 2050, soit environ 20% des émissions actuelles, selon les chiffres de l'AIE. Avec 40 millions de tonnes annuelles aujourd'hui, le monde est encore très loin du compte. Dans une déclaration publiée quelques semaines avant le COP28, la ...
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