"On a installé en plantations un mélange d'essences [l'espèce d'un arbre, NDLR]", lance Lilian Duband, chargé de mission changement climatique au sein de l'Office national des forêts (ONF). À Chorey-Les-Beaune (Côte-d'Or), l'ONF fait cohabiter le chêne, sur une dizaine d'hectares, avec cinq autres espèces régionales. "Des érables champêtres, des charmes, donc déjà une diversité d'essences. Mais ce n'est pas suffisant, car ces essences-là sont sensibles aux sécheresses", détaille l'expert, slalomant entre les végétaux.
"On est venu planter des érables à feuilles d'obier pour pouvoir diversifier. Si jamais il y a un problème sur une des essences, on ne se retrouve pas sans rien", ajoute Lilian Duband, interrogé dans le reportage de TF1 en tête de cet article. Quelques mètres plus loin, l'ONF préfère mélanger les classes d'âge. De vieux chênes côtoient ici de très jeunes pousses prêtes à prendre le relais si les arbres adultes meurent.
Lire aussi
Changement climatique : la mortalité en hausse de 80% en dix dans les forêts françaises
Le concept de forêt mosaïque a été adopté par l’ONF il y a quelques années, dans l’espoir que le changement climatique ait l'impact le moins négatif possible sur les forêts françaises. Le principe : intégrer une dizaine de sylvicultures différentes au sein d'une même forêt, comme le montre l'image ci-dessous. "Il n'y a pas une espèce miracle. Il n'y a pas une solution. On ne doit pas mettre tous nos œufs dans le même panier pour gérer le multirisque avec le changement climatique", explique Brigitte Musch, chargée de recherches au sein de l'ONF.
TF1D'après les scientifiques, ce type de gestion ralentit la progression des maladies, des incendies, et le dépérissement global. Est-il néanmoins possible de métamorphoser ainsi nos millions d'hectares de forêts homogènes, où il n'existe qu'une seule variété d'espèces ? À Moustey (Landes), des forestiers sont parvenus à casser ce décor intégralement composé d'allées de pins semblables et rectilignes.
"Tout ça, ce sont des pins maritimes d'environ 35 ans qui sont tombés", explique le gestionnaire forestier Éric Castex, tout en faisant défiler les photos sur son portable. Il y a quinze ans, une tempête a balayé cette ancienne monoculture de pins. Plutôt que de replanter à l'identique, ce propriétaire a décidé de les laisser se régénérer naturellement. Progressivement, des chênes, des châtaigniers ont fait leur retour, ou encore des peupliers qui poussaient ici historiquement. "C'est grâce aux oiseaux, aux rongeurs, au vent et aux arbres autour. Les graines tombent au sol et s'installent", explique Éric Castex.
"S'il y a une maladie, une pathologie, où les pins maritimes ne peuvent plus s'en sortir, j'aurai la possibilité d'exploiter du chêne, je ne serai pas à zéro", ajoute le gestionnaire forestier, qui assure produire aujourd'hui autant de pins qu'auparavant. Pour les grands exploitants landais cependant, ce mode de gestion n'est pas rentable : couper du bois dans une forêt irrégulière demande davantage de temps et d'outillage, ce qui entraîne une hausse des coûts.
En seulement dix ans, la mortalité des forêts françaises a augmenté de 80%, selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Autant d'arbres qui ne jouent plus leur rôle de capteurs de carbone.
Sur lemême thème