Tandis qu'à Dubaï, les pays tentent de négocier une sortie du pétrole, du gaz et du charbon, en pleine COP28, le forage et l'exploitation de nouveaux puits de pétrole en France fait débat. Ce samedi 9 décembre, une centaine de personnes se sont rassemblées à Arcachon pour réclamer l'arrêt de ce projet que la société canadienne Vermillion Energy souhaite poursuivre en Gironde, sur la commune de La Teste-de-Buch. On vous explique pourquoi il inquiète riverains et militants et politiques écologistes.
L'entreprise pétrolière Vermilion Energy a demandé l'autorisation de creuser huit nouveaux puits pétroliers sur son site du Cazeaux, sur la commune de La Teste-de-Buch, en Gironde. Le groupe canadien, titulaire de cette concession depuis les années 1960, y a déjà foré 93 puits. Aujourd'hui, une cinquantaine est toujours exploitée, produisant environ 1500 barils de pétrole par jour.
Alors que l'entreprise doit rester titulaire de la concession jusqu'au 1er janvier 2035, son projet de nouveaux puits, qui doit s'étendre sur les dix prochaines années, a reçu un avis favorable de la part de la commissaire enquêtrice, Carole Ancla, en novembre dernier. Au bout d'un mois d'enquête, la fonctionnaire a assuré entendre "les inquiétudes formulées dans les contributions du public" mais a malgré tout autorisé l'ouverture de ces nouveaux travaux d'exploitation d'hydrocarbures. Le préfet de la Gironde doit désormais prendre un arrêté d'autorisation ou de refus dans les trois mois pour sceller le sort de ces éventuels nouveaux puits.
Ce projet a provoqué la mobilisation de riverains au site de Cazeaux, mais aussi de militants et élus écologistes. Les uns et les autres dénoncent tout d'abord l'impact des forages sur le milieu naturel du site, situé à côté de la forêt de La Teste-de-Buch, classée en zone Natura 2000. Pour Vital Baude, conseiller municipal écologiste d'Arcachon, ce projet, "au cœur d'une forêt qui a subi les mégafeux" à l'été 2022, est "une aberration écologique". De son côté, Vermilion Energy souligne que si les forages, qui devraient atteindre les 2000 à 3000 mètres de profondeur, sont nouveaux, ils devraient être réalisés à partir de plateformes déjà existantes, sans empiéter par conséquent sur la forêt.
Lire aussi
Forages pétroliers autorisés en Gironde : une aberration pour cet élu et cette habitante
L'autorisation du projet est également contestée au vu des objectifs climat pris par la France. Afin d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, le gouvernement a voté en 2017 une loi prévoyant l'arrêt progressif de l'exploitation des hydrocarbures à l'horizon 2040. La combustion d'hydrocarbures est effectivement majoritairement à l'origine de la hausse des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, principale cause du réchauffement climatique. Or, selon Vital Baude, la construction et l'exploitation de ces nouveaux puits généreraient 3,7 millions de tonnes de CO2.
"Les recommandations (scientifiques) c'est de ne plus ouvrir aucun nouveau puits de pétrole et de gaz. (..) ça vaut à l'international et ça vaut aussi en France", a défendu Marie Toussaint, tête de liste des Écologistes aux prochaines élections européennes, présente au rassemblement contre le projet, organisé ce samedi 9 décembre.
Interrogé sur le projet ce vendredi 8 décembre, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, en déplacement à Bordeaux, a défendu le forage de nouveaux puits. Selon lui, il ne s'agit pas "de nouvelles exploitations" mais "de poursuites d'exploitation et de forage dans le cadre d'une exploitation donnée il y a plusieurs dizaines d'années".
"J'assume que ça puisse heurter le bon sens et en même temps, tant qu'on a besoin de pétrole, ce n'est pas plus mal qu'il vienne d'ici plutôt que de le faire venir du bout du monde en l'achetant à des dictatures qui utilisent ensuite cet argent parfois pour soutenir des mouvements qui nous combattent", a-t-il ajouté.
Un argument qui avait été également mis en avant par la commissaire enquêtrice pour motiver son avis favorable. "La production de pétrole français, soumis à une réglementation environnementale contraignante et à de nombreux contrôles, semble préférable à court et moyen termes dans la mesure où l'on ne peut aujourd'hui se passer totalement des énergies fossiles", avait-elle indi...
[Courte citation de 8% de l'article original]