COP28 : à quatre jours de la fin, quel accord peut-on espérer ?

LCI - 08/12
[VIDÉO] - La fin de la COP28 est programmée le 12 décembre à Dubaï et Sultan Al-Jaber, qui la préside, a promis de tenir les délais. Dans la dernière ligne droite, le débat tourne autour du sort réservé aux fossiles. Mais cette COP a déjà permis de remporter trois succès : un fonds pour les pays en développement, le triplement des énergies renouvelables et le doublement de l'efficacité énergétique.

La fin de la COP28 est programmée le 12 décembre à Dubaï et Sultan Al-Jaber, qui la préside, a promis de tenir les délais.
Dans la dernière ligne droite, le débat tourne autour du sort réservé aux fossiles.
Mais cette COP a déjà permis de remporter trois succès : un fonds pour les pays en développement, le triplement des énergies renouvelables et le doublement de l'efficacité énergétique.

"S'il vous plait, finissons le travail." L'appel vient du président de la COP28 lui-même : vendredi, Sultan Al-Jaber a voulu donner le ton des négociations finales de la conférence sur le climat à Dubaï, après une journée de pause, jeudi. Les discussions entrent dans la dernière ligne droite avec l'arrivée des ministres dans l'émirat pour porter les sujets au niveau politique. "Il reste du travail pour obtenir un bon accord", observe la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, qui arrive samedi à Dubaï pour négocier. 

Au cœur des débats : le sort réservé aux énergies fossiles. En 27 COP, il n'en a jamais été fait mention. À l'exception du charbon lors de la COP26 à Glasgow, quand le texte final appelait, un peu vaguement, à "intensifier les efforts vers la réduction du charbon". Que sera-t-il écrit à Dubaï sur l'avenir du pétrole, du gaz et du charbon ? Et surtout, dans quels termes ? C'est ce qui se joue dans les prochains jours. 

Trois succès déjà

Un projet d'accord a été rendu public vendredi (le troisième depuis le début de la COP), mais le document, de 206 articles, propose une, deux, trois options ou plus sur de nombreux sujets clés. À ce stade, tout est donc encore possible. 

Pour les négociateurs qui poussent pour obtenir une référence à la sortie des énergies fossiles, la marge de manœuvre est mince. Car pour certains, cette COP est déjà un succès : elle a en effet permis d'évacuer dès l'ouverture un sujet qui avait cristallisé les tensions entre le Nord et le Sud lors de la COP27 en Égypte, avec l'annonce d'un accord sur le fonds "pertes et préjudices" pour les pays en développement qui font face aux conséquences du changement climatique. 

Les modalités pratiques de ce fonds ont été définies et il a été abondé à hauteur de 700 millions de dollars, et pas seulement par les pays du Nord, tenus pour responsables du réchauffement climatique. 

La COP28 a aussi permis d'avancer sur deux sujets clés, avec l'engagement de 123 pays à tripler les capacités d'énergies renouvelables dans le monde d'ici à 2030 et à doubler l'efficacité énergétique. 

Mais si ces trois points sont considérés comme des avancées, et seront défendus comme tel à l'heure du bilan notamment par la présidence émiratie menée par Sultan Al-Jaber, l'accord final sera surtout jugé à l'aune de sa référence aux énergies fossiles. "Si au final, on n'a que le triplement des énergies renouvelables et le doublement de l'efficacité énergétique, ce n'est pas suffisant", estime ainsi Lola Vallejo, la directrice climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Énergies fossiles : aucune référence, réduction ou sortie ?

"La priorité de la France est d'obtenir des engagements sur la sortie des énergies fossiles et sur la baisse des émissions, martèle pour sa part Agnès Pannier-Runacher. Nous souhaitons une formulation qui évoque toutes les énergies fossiles et pas le seul charbon, et qui donne un horizon qui permette d'exprimer notre volonté d'en sortir."

À quatre jours de la fin, cinq options sont sur la table, dont celle de n'avoir "aucun texte" qui y fait référence. Une option défendue par les pays producteurs de pétrole, et notamment l'Arabie saoudite. Les autres options font toutes référence aux énergies fossiles, et certains observateurs considèrent que ce serait déjà un progrès, par rapport aux précédentes COP.

Ainsi, dans ce projet figure aussi cette expression : "Une sortie des énergies fossiles alignée sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles". 

Deux autres formulations mettent, elles, l'accent sur le captage des émissions. Des technologies qui n'ont pas fait leurs preuves jusqu'à présent : il existe 30 projets dans le monde et il faudrait passer à 100.000 projets pour être efficace, selon l'Agence internationale de l'énergie. 

De nombreux observateurs craignent que cette COP, si elle finissait avec un accord lié aux techniques de captage puis de stockage de carbone dans les sols, ne laisse les producteurs de pétrole repartir avec l'assurance qu'ils pourront continuer à faire comme avant, si tant est qu'ils capturent une partie des émissions de gaz à effet de serre. Reste encore à définir combien.

Dans ce brouillon, une autre formulation consisterait à prendre en compte l'existence de différences entre les pays. En somme, les pays pauvres ont besoin d'énergie pour avoir accès à l'électricité, aux transports et au développement : si les pays riches veulent sortir du pétrole, ils doivent donner l'exemple et financer les énergies renouvelables dans le reste du monde.

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