L’accusée dit-elle vraiment tout ce qu’elle sait ? Les parties civiles n’y croient guère. Ce mardi matin, la cour d'assises des Hauts-de-Seine a procédé à l’interrogatoire sur les faits de Monique Olivier jugée pour complicité dans les enlèvements et les meurtres de Marie-Angèle Domèce en 1988, Joanna Parrish en 1990 et Estelle Mouzin en 2003. Ce premier interrogatoire, sur les trois prévus, était consacré aux deux premières affaires pour lesquelles Monique Olivier était passée aux aveux en 2004-2005, avant de se rétracter un an plus tard. Il faudra attendre que son ex-mari, Michel Fourniret, les reconnaisse en 2018 pour qu’elle parle à nouveau, succinctement.
Selon les médecins, la femme de 75 ans dans le box n’a pourtant n’a pas de perte de mémoire. "Pourquoi ne précisez-vous pas les circonstances des meurtres de Melles Domèce et Parrish", interroge d'emblée le président Didier Safar. "Je ne sais pas, certains souvenirs ont du mal à revenir. Je ne fais pas exprès, c'est embrouillé. (...) Je me souviens vaguement qu'il m'a parlé dans la maison de Melle Domèce mais pour tous les détails, je ne m'en rappelle pas. Je confonds avec d'autres", répond l’accusée d’une petite voix, dans son traditionnel sweat-shirt blanc.
Plusieurs fois, celle qui a reconnu la semaine dernière les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés, justifiera son absence de réponse par l’ancienneté des affaires.
Concernant Marie-Angèle Domèce, dont le corps n’a jamais été retrouvé, elle indique avoir "servi d’appât", avoir été présente pendant l’enlèvement, le meurtre et la dissimulation de la jeune femme dans le coffre du véhicule mais assure ne pas savoir où se trouve la dépouille. "Si je le savais, je le dirais. Pourquoi je ne le dirais pas ? Pourquoi je me tairais ? Je voudrais rendre le corps aux familles. Si je savais, pourquoi je me tairais ? Par méchanceté ? Pourquoi ?", interroge la septuagénaire. "Je ne sais pas où sont les corps des victimes que l'on n'a pas retrouvées", soutient-elle encore peu après.
Elle assure être ainsi restée à la maison quand Michel Fourniret est parti enterrer Marie-Angèle Domèce. "Ça servirait à quoi de ne pas dire ?", demande-t-elle encore. "On peut imaginer qu'il y ait d'autres corps", suppose Me Seban. "À l'âge que j'ai, je vais bientôt crever, pourquoi je cacherais quelque chose ? Comme vous l'avez dit, il y a peut-être d'autres choses. Si je savais, les familles retrouveraient le corps de victimes, tant mieux."
Au sujet de Joanna Parrish, dont le corps a été retrouvé dans la rivière l’Yonne le 17 mai 1990, Monique Olivier reconnait avoir été présente dans le camion quand la jeune assistante en anglais dans un lycée d’Auxerre a été violée et assassinée mais conteste avoir déposé sa dépouille avec l’Ogre des Ardennes dans le cours d'eau.
Me Seban, avocat des parties civiles, aimerait avoir des précisions de l'accusée sur le scénario du drame. Joanna Parrish, 20 ans, a été enlevée le 16 mai 1990 vers 19h et son corps retrouvé le lendemain matin dans l’eau. Les médecins légistes ont établi que le cadavre avait été déposé dans l’eau vers 5h du matin. L’Ogre des Ardennes avait dit l’avoir tué entre 22h et 2h du matin.
Que s’est-il passé alors entre 19h et 22h ? Là encore, les souvenirs de Monique Olivier sont vagues. L’avocat demande alors à ce que lui soient montrées des photos du visage tuméfié de la victime prises à l’autopsie. L’accusée les regarde fixement. "Elle ne méritait pas ça, c'est horrible. C'est pas possible. Elle était belle... Elle ne méritait pas ça. Je regrette vraiment. Quand on voit la belle fille que c'était et qu'à 20 ans, à cause de moi, elle est partie. (...) Elle était belle, elle ne méritait pas ça, je suis désolée. Je ne sais pas comment vous dire. C'est impardonnable", réagit-elle visiblement troublée.
Rebondissant sur cette réaction, l’avocat d’Eric Mouzin, père d’Estelle, et de la famille Parrish tente une nouvelle fois de la faire parler. "On est accroché à votre parole pour en savoir plus, les familles aimeraient savoir où sont les corps. Vous êtes la seule à le savoir. Dites-nous !", supplie-t-il. En vain. "J'aimerais bien mais je ne sais pas où sont les corps !", répond l'accusé d'un ton sec.
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