Le Japon, l’Amérique, la route, le rock… Le réalisateur de Paris, Texas tire le fil de ses souvenirs à l’occasion de la sortie du beau Perfect Days.
Première : Perfect Days au palmarès du Festival de Cannes, le Prix Lumière… Il y a cette idée dans l'air que c'est "le come-back de Wim Wenders". Que vous revenez au centre de la conversation cinéphile après avoir été un peu périphérique ces derniers temps. Est-ce que vous ressentez les choses ainsi ?
Wim Wenders : Oui, j'ai un peu ce sentiment… Mais c’est toujours comme ça, le cinéma. On ne peut pas être au centre tout le temps. Ce n'est pas toujours le meilleur endroit, le centre, c'est bien aussi d'être périphérique. Et même si tous mes films n'ont pas eu du succès, même s’ils n’ont pas tous été sélectionnés à Cannes, j'ai toujours pu faire ce que je voulais, maintenir une indépendance. A Cannes, cette année, c'était très agréable d'avoir un film au début du festival (Anselm, le bruit du temps), un autre à la fin (Perfect Days) et qu'ils aient été si bien reçus tous les deux. Ça faisait du bien. Votre question me rappelle ce titre en couverture du magazine Sight and Sound, dans les années 80 : "The Second Coming of Wim Wenders" ("le second avènement de Wim Wenders" – ndlr). Vous voyez, ce n’est pas la première fois qu'on célèbre mon retour ! (Rires)
Pourquoi dites-vous que le centre n'est pas toujours le meilleur endroit ?
Ce n'est pas très confortable. Il y a beaucoup de pression. Mais je suis bien sûr heureux quand mes films sont reçus chaleureusement. Parfois, on est satisfait d'un film et il laisse les gens indifférents. D'autres "connectent", sans qu'on sache très bien pourquoi. Ça a été le cas avec Buena Vista Social Club (1999). Ou Pina (2011). C'était un film sur la danse, pour un public que j'imaginais restreint, et beaucoup de gens ont été touchés… Là, les spectateurs accrochent à Hirayama, le personnage de Perfect Days, comme s'ils le comprenaient. Je ne veux pas vraiment savoir pourquoi, au fond. Peut-être qu'il exprime quelque chose dont on a besoin aujourd'hui.
Notre critique de Perfect DaysVous êtes de retour au centre mais le héros de votre film vit en marge. Parce qu’il aime la photo argentique, sa vieille collection de cassettes de rock, on est tenté de voir Perfect Days comme un autoportrait… Non, ce n’en est pas un du tout. Comme Hirayama, j’adore la musique, mais contrairement à lui, j'ai jeté toutes mes cassettes… Ce que je n'aurais pas dû faire, quand on voit à quel prix elles se revendent à Tokyo aujourd'hui. J'aurais pu faire fortune ! Tous les jeunes au Japon s'achètent des walkmans, c...
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