"Les gens qui m'accusent de conflit d'intérêt ne connaissent pas mon parcours." En prononçant cette phrase courant juillet lors d'un entretien accordé à l'AFP, Sultan al-Jaber savait déjà que le sujet reviendrait sur la table avant l'ouverture de la COP28 de Dubaï, ce jeudi 30 novembre. Des documents révélés lundi par le Centre for Climate Reporting et la BBC, transmis par un "lanceur d'alerte", l'accusent en effet de mélange des genres.
Selon ces sources, le dirigeant émirati aurait profité de son statut d'émissaire de l'ONU pour le climat pour vanter, devant les représentants d'une trentaine de pays, les mérites d'Adnoc, le géant pétrolier qu'il dirige, et de Masdar, la société d'énergies renouvelables qu'il a fondée.
"Al-Jaber pris la main dans le sac", a tout simplement commenté sur X l'ancienne responsable de l'ONU Climat, Christiana Figueres. Et de comparer sur X (Twitter) ces accusations au scandale du diesel ayant touché Volkswagen en 2015.
This is the 'Volkswagen 2015' moment for the #COP28 Presidency. Caught red handed, the COP Presidency has no other option but to now unequivocally step up the transparency, responsibility and accountability with which they lead the process. [1/2] https://t.co/mOpmYDfTaL — Christiana Figueres (@CFigueres) November 27, 2023
Le climatologue américain Michael Mann, lui, a appelé à la démission immédiate de Sultan al-Jaber, ou à un boycott de la COP28.
La réponse de l'intéressé n'a pas tardé. "Ces allégations sont fausses, incorrectes, inexactes", a-t-il répondu à la veille de l'ouverture de la conférence sur le climat. Pensez-vous que les Émirats arabes unis ou moi-même ayons besoin de la COP ou de la présidence de la COP pour établir des accords ou des relations commerciales ?" Et d'ajouter : "On me dit parfois que je dois parler avec les États et les compagnies pétrolières et gazières pour faire pression sur eux ; et parfois, on me dit que je ne peux pas le faire."
Une phrase qui résume toute l'ambiguïté du débat : avoir un président de COP qui est à la fois ministre de l'Industrie et des Technologies avancées des Émirats arabes unis, patron de la compagnie pétrolière émiratie Adnoc et président du conseil d'administration du géant des renouvelables Masdar ; le tout, dans une COP organisée à Dubaï, aux Émirats arabes unis, producteurs de pétrolE... Une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la planète ?
Les avis sont partagés. ONG et défenseurs de l'environnement jugent que de telles conditions sont une provocation, à l'heure où les dernières études montrent à quel point les États sont loin de leurs engagements à tenir pour respecter l'Accord de Paris.
Et ce d'autant plus que cette COP, qui va être pour la première fois l'occasion de faire le bilan du texte signé en 2015, est présentée comme cruciale alors que le monde court vers un réchauffement à près de 3 degrés à l'horizon 2100. Pour d'autres observateurs, c'est au contraire l'opportunité de parler enfin, et surtout concrètement, des énergies fossiles. "L’industrie pétrolière et gazière est confrontée à un moment de vérité à la COP28 de Dubaï", a ainsi récemment écrit l'Agence internationale de l'énergie dans un rapport.
La personnalité de Sultan al-Jaber et son parcours viendront-ils confirmer les craintes des ONG ou permettre le sursaut attendu ? Lui rappelle qu'il ne décidera rien, contrairement aux 200 États représentés. Mais l'histoire a montré que les présidents de COP peuvent catalyser des accords. "J'ai fait les derniers arbitrages dans la nuit parce que le texte n'était pas bouclé", a récemment rappelé à l'AFP Laurent Fabius, le patron de la COP21.
Sans décider à la place des États, le président de la COP organise et oriente les débats. "Et pour faire adopter un texte par consensus à près de 200 pays, sur des sujets aussi complexes, il faut beaucoup de subtilité", commente un observateur.
Sur les énergies renouvelables, il a vraiment des choses à raconterSébastien Treyer, directeur de l'Iddri
Pour al-Jaber, la crédibilité dépendra fortement du sujet. "Sur les énergies renouvelables, il a vraiment des choses à raconter", reconnait ainsi Sébastien Treyer, directeur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). "Il ne va d'ailleurs pas hésiter à rappeler son bilan à la tête de Masdar."
Créée par lui en 2006, l'entreprise publique d'énergies renouvelables basée à Abou Dhabi a massivement investi dans le secteur dans plus d'une quarantaine de pays. C'est d'ailleurs en partie ce bilan qui rend crédible l'objectif de parvenir à un accord sur le triplement des énergies renouvelables d'ici à 2030.
Avec une interrogation toutefois : "Est-ce que les pays du Golfe accepteront de contribuer à un fonds multilatéral ou est-ce qu'ils contribuent avec leurs fonds propres ?, résume Sébastien Treyer. Le fonds Masdar a montré son efficacité par rapport à la lenteur des fonds multilatérau...
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