Jean-Christophe Hembert : « On regardera encore Kaamelott dans 100 ans »

Philippe Guedj - LePoint - 23/07
Ami de longue date d’Alexandre Astier, l’acteur lyonnais retrouve son rôle culte du chevalier Karadoc dans le film « Kaamelott – Premier volet ». Confessions.

On le rencontre en plein Paris. Mais Jean-Christophe Hembert, alias le désopilant Karadoc, chevalier de Vannes, dans Kaamelott, est un Lyonnais pur sucre. Enfant de Villeurbanne, fidèle du théâtre subventionné de la ville, amoureux de la gastronomie de sa région, c’est dans la capitale des Gaules qu’il a rencontré Alexandre Astier, nouant avec lui une amitié qui allait bouleverser son parcours. Une complicité instinctive, nourrie d’un double amour commun des planches et de la pop culture. En tandem avec Franck Pitiot en Perceval, chaque soir sur M6, entre 2005 et 2009, il a fait se gondoler des millions de Français avec son personnage de chevalier à la mine ahurie, bâfrant saucissons et fromages par quintaux, candide incapable d’une quelconque utilité pour la quête du Graal. En 2021, rebelote au cinéma avec Kaamelott – Premier Volet, bien parti pour s’installer sur les cimes du box-office de l’été.

Acteur et (surtout) metteur en scène de théâtre, ex-assistant de Roger Planchon, Hembert le geek lettré a lu aussi bien Shakespeare que Strange, Tchekhov que les mangas, et dévoré autant Molière que les Star Wars ou San Ku Kaï – la célèbre série de SF japonaise à laquelle il adresse un clin d'oeil à peine déguisé dans Fracasse, d'après l'oeuvre de Théophile Gautier, sa nouvelle mise en scène en cours de représentation à Grignan (Drôme). Entre Alexandre et lui, la foudre ne pouvait que jaillir, et Jean-Christophe Hembert, en plus de son rôle culte dans Kaamelott, dont il a aussi cornaqué la post-production, a dirigé Que ma joie demeure ! et L'Exoconférence, les deux spectacles écrits par son camarade en 2012 et 2014. On avait ainsi plus qu’envie de cuisiner ce discret boulimique de travail qui, à l’instar d’Astier avec Arthur, nourrit quelques liens avec son alter ego falstaffien de la Table ronde.

Valise roulante en main, dans l’attente d’un train qui l’emmènera à Rouen l’après-midi même (il fait une surprise au public d’une avant-première de Kaamelott – Premier volet), Jean-Christophe Hembert a le rire franc, la réponse généreuse et une autodérision productrice d’immédiate complicité. Bref, un régal d’artiste, enflammé, engagé à son niveau (l’an dernier, il a proposé aux étudiants lyonnais terrassés par la crise sanitaire de les rencontrer pour un soutien moral), amoureux fou de foot et de l’OL… mais dont la plus fascinante dimension reste sans doute cette indéfectible admiration qu’il voue à son compagnon de route Alexandre Astier. De ses souvenirs de Kaamelott à l’héritage que laissera la série (et maintenant le film), en passant par Fracasse et aussi la création prochaine d’une enseigne de street food (un scoop pour Le Point Pop !) : confession d’un comédien-metteur en scène cultivé, gourmand et fidèle comme un chevalier de la Table ronde.

Le Point Pop : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Alexandre Astier ?

Jean-Christophe Hembert : C’était en 1998. Une connaissance commune m’avait conseillé de l’appeler pour faire la musique sur la pièce Mardi d’Edward Bond, aux Subsistances à Lyon. Entre Alexandre et moi, il y a eu comme un alignement de planètes, un truc à la Lelouch : on s’est rendu compte très vite qu’on habitait à deux numéros de rue l’un de l’autre, à Lyon (j’étais au 106, il était au 108). Et aussi que nos grands-mères respectives habitaient à deux pas l’une de l’autre, dans un bled perdu vers Alès. Déjà, ça partait bien ! Plus sérieusement, ...
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